28 juillet 2014

Le Monde du sexe, de Henry Miller

Mise en scène de Thierry Atlan, avec Agathe de la Boulaye et Roger Miremont Ce texte écrit en 1940 par un cinquantenaire qui se maria cinq fois, preuve qu’il croyait aux rituels récurrents, fut qualifié à l’époque de choquant et d’impudique. Une bonne septantaine après il nous laisse perplexes cependant que son adaptation ingénieuse pour le théâtre est servie par deux comédiens habiles qui font monter une jolie mayonnaise. Lui, évitant de s’écouter parler comme le font si souvent ses camarades de la Comédie Française, et elle si charnelle et élégante. L’origine du monde est là, quoique dans une version pudique. Mais Elle pédale ferme : voyez la bicyclette d’appartement pour se maintenir en forme(s). C’est remarquable et touchant, mais n’en sortez pas en fredonnant « Sea, sex and sun ».
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 21 heures, jusqu’au 30 août. Renseignements et réservations : 01 45 44 57 34

11 juillet 2014

Johnny Mangano and his astonishing dog

Texte de Michel Tremblay, adaptation de Marie-Line Laplante
Mise en scène d’Harry Holtzman, avec Catherine Le Goff et Frédéric Tellier
Vous vous êtes dit : pourquoi ce titre dans la langue de Shakespeare, nous sommes chez Molière diantre ! Oui et non car cette pièce chahuteuse est due à un écrivain originaire de la «Belle Province» où nos cousins cultivent ce cynisme, ce réalisme, et un sens de l’absurde qui a fini par nous abandonner presque, mais pourquoi et quand déjà ? Soit un homme, une femme et cette chienne Kiki plus qu’ahurissante, partenaire et remetteuse en question permanente. Notez que Kiki serait la chienne de Johnny, dresseur de canins que Carlotta a dû accepter comme partenaire ou tierce personne. Mais elle est persuadée que cela s’est fait contre son gré. Nous ne vous révélerons rien de plus du scénario que vous pouvez probablement envisager, mais nous tenons à vous dire une fois encore que seule cette salle du paradis, au Lucernaire, pouvait héberger un pareil trio. Les éléments du décor sont fabuleux et drolatiques, les costumes sidérants car ils clignotent et vous frottant les yeux, vous pensez «réveillez-moi, pincez-moi ou faites-moi atterrir si j’ai décollé.» Derrière un faux rideau magique à cour, Lui joue de la musique et fait son numéro de prestidigitateur, caché mais pas en coulisses. Vous aboyez à force de rire. Cela se passe bien sûr, à l’étage supérieur du théâtre, dans la salle du Paradis, cette petite salle au sommet du Lucernaire, qui devient gigantesque tant les hurlements de rire en font éclater les murs. Et vous descendez les trois escaliers avec Lui : pardon avec Elle, et le chien-chien : pardon la chienne de garde qui va faire de votre fin de soirée et de votre nuit un ravissement.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 19 heures, jusqu’au 13 Septembre. Réservations : 01 45 44 57 34 et www.lucernaire.fr

07 juillet 2014

Les bonnes manières, d’Alan Ayckbourn


Mise en scène de Fabrice Scott, avec une équipe…
Trois comédiennes, plus trois comédiens sur la scène à la toute fin : ils se seront succédés entrant ou sortant derrière des panneaux minimalistes genre paravents à peine améliorés. Ils le font deux par deux ou trois contre deux autour de la table du breakfast traditionnel devenue celle du lunch. Dans la jeunesse de l’auteur on disait là-bas : « un repas n’est pas un moment de plaisir, c’est d’abord un devoir ; le Seigneur vous a donné la vie, à vous de la transmettre », donc assiette anglaise ! Assise sur des chaises dont l’une restera vide plantée dos au public, toute une famille comprenant des éléments joyeusement perturbateurs. Le plus remuant est un séducteur-né donjuanesque et plus que fier de l’être, un autre balbutie presque parce qu’il se sent incapable de ‘draguer’. Les jeunes femmes qui leur servent la soupe - pardon le thé - sont leurs compagnes, sœurs et belle sœurs.  Notez que la mère-et-belle-mère postée à l’étage supérieur n’en descendra surtout pas. Ils et elles feront allusion à ce personnage certainement considérable, repartant chaque fois pour un tour, chacun faisant son numéro autour de la table laquelle ne serait rien sans le meuble central : c’est un buffet d’où seront extraits assiettes, couverts, etc. Et tout tourne en rond joliment jusqu’à la fin. Votre demi-douzaine de comédiens et comédiennes pétulants, touchants, chaleureux seront enfin réunis, revêtus des habits qu’ils portaient à la première scène. La boucle est bouclée. Vous aurez ri, souri franchement ou de biais tant ce malin d’Ayckbourn vous manipule, vous déstabilise, vous renvoie dans ses buts, et cela deux heures durant qui auront passé mieux que vite. Ah ! Les fratries…Vous en redemanderiez bien. L’horaire de 18h15 est parfait, parce qu’ensuite vous pouvez avec ceux de votre famille qui vous ont accompagnés, dîner avec eux dans ce joyeux quartier des Abbesse à Montmartre où le vent souffle joliment et où Paris respire.
Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, métro Abbesses ou Blanche, à 18h15. Dates et réservations : 01 42 33 42 03