31 août 2014

Les combats d’une reine, de Grisélidis Réal

Avec Judith Magre, Elodie Bordas et Françoise Courvoisier. Adaptation et mise en scène : Françoise Courvoisier ; lumières : André Diot ; bande-son : Nicolas Le Roy, coiffures et maquillages: Arnaud Buchs ; archives : Igor Schimek. Une production du Poche Genève.
Genève 1993, soit Grisélidis Réal, écrivain, peintre et prostituée, laquelle : reine, comme son nom l’indique évidemment, était destinée à régner mais sur qui et grâce à quoi? Les combats d’une reine, si vous le lisez mal cela pourrait donner (pardonnez-nous) les cons bats d’une… On n’en est pas loin et puis l’humour helvétique est décapant. Donc la prostitution, soit le plus vieux métier du monde. Elles sont trois sur le plateau ; à jardin, une très jeune femme apparemment dans une prison où elle a été envoyée par qui et pour quoi ? Sa vie à venir se résume à la valise qui lui permettra de la poursuivre. Elle s’allonge parfois et gigote ses jambe mais on la sent honnête. A cour une autre jeune personne en tenue simple, les cuisses à l’air, comme le sont les jeunes personnes en petits shorts qui de nos jours arpentent les rues conscientes ou pas que nous avons envie de leur faire « guili-guili » comme à nos chers bébés qui auraient alors frétillé jusqu’à l’extase. Ce spectacle fourmillerait de « révolte » et d’« anti-conventionnalisme » et encore de «rage» de vivre etc. Et quant à « la pureté bouleversante de Grisélidis » Amen ! Et comme disait un certain J-C : « Que celui qui n’a jamais pêché leur jette la … » Aux Abbesses, nous étions à la première de ces combats et Dieu soit (encore une fois) loué, rien de cela ne se fera et vous admirerez Judith et son équipe, toutes les trois se goinfrant chacune dans sa cellule.
La Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi et samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations :
01 42 33 42 03 et manufacturedesabbesses.com.

25 août 2014

Faute d’impression, une histoire de traductrice

Solo pour une comédienne
Ecrit et interprété par Laurence Sendrowicz
Mise en scène et scénographie : Naf Salah, musique originale : Meir Salah et Yaacou Salah, lumières Pascal Noël, costumes : Esther Marty- Kouyate.
Cette pièce est une bénédiction, mais dans quel petit purgatoire sommes-nous plongés quand nous tentons de vous expliquer pourquoi et comment elle nous a transportés. Il y aurait peut-être une solution : aller la revoir avec des amis. Le texte original dont il ne faut surtout pas croire que faute signifie erreur mais manque de, est dû à un auteur qui a choisi de vivre en Israël après un baccalauréat obtenu en France et dont le premier spectacle datant de 1982 a pour titre : « Tirez pas, je suis pacifiste ! ». « Personne ne m’a téléphoné pour me prévenir que je tremperais ma plume dans du poison ». Le poison ? Celui qui a incité tant d’auteurs de théâtre et de romanciers à faire allusion à un « passé indicible », comprenez la Shoah. Mais cela ne sera surtout pas dit parce que personne n’en a besoin et donc ce serait de parfait mauvais goût. Les rapports entre l’écrivain et son éditeur célèbre sont pleins d’humour et également d’une vraie drôlerie et d’une intelligence fascinante. Les allusions à la famille donc aux enfants de l’auteur vous toucheront. Le livre, ce texte que la comédienne-auteur n’arrivera finalement pas à traduire et qui ne sera donc pas publié deviendra des dizaines de feuilles format vingt-et-un-vingt-neuf-sept jetées en l’air et qui aboutiront sur le plateau comme des feuilles d’automne qui avant d’atterrir tourbillonneront quelques secondes gracieusement. L’équipe responsable de ce spectacle est étonnante tant on sent et comprend qu’elle navigue comme au plus près de nous autres qui une fois encore nous sentons chez nous dans cette Manufacture à la programmation que nous admirons régulièrement, la direction sachant prendre des risques. En cette fin d’août où tant de théâtres parisiens archi-courus ont cadenassé leurs portes (d’accord on y répète activement) et que tant d’autres reprennent sans aucun risque des succès archi-confirmés que nous ne citerons surtout pas : nous serions comblés de savoir que vous y avez plus qu’aimé ce qui se donne - heureusement tôt - jusqu’en octobre à Montmartre…le soir !
La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18ème. Du mercredi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 42 33 42 03.

09 août 2014

Les sept jours de Simon Labrosse si sa vie vous intéresse, de Carole Fréchette

Mise en scène de Cendre Chassanne, avec Nathalie Bitan, Laurent Lévy et Philippe Saunier
« Sept jours c’est vite passé » dit le petit bonhomme à ses spectateurs, à qui il a aussi révélé qu’ « il y eut un jour, il y eut un matin » parodiant qui déjà ? Il n’y aura pas de déjà, le petit bonhomme a commencé à vous séduire et donc à vous perturber. Son problème ? Il est sans emploi ; son camarade Léo, poète, n’arrive pas à écrire comme il le voudrait parce qu’« il pleut des briques sur le monde pourri ». Mais le gars Simon le réconforte. Quant à Nathalie, elle pourrait être la femme dont Simon aurait besoin, lui ce cascadeur, spectateur personnel, finisseur de phrases laissées en suspens, flatteur d’ego, allégeur de conscience, receveur de colis et évidemment « remplisseur de vie ». On se dit très vite que cette semaine-là ne devrait jamais finir tant elle tente de ranger les choses et les gens tout en dérangeant systématiquement tout, et vous pensez… non, vous ne pensez pas Beckett et la clique, mais vous entendez Labrosse dire « Quand un gars a plus rien, il lui reste sa vie. Je veux dire, il peut toujours raconter sa vie ! » Et puis il avoue : « Nathalie, ne t’en vas pas tout de suite ! Je… j’ai besoin de toi… » Aujourd’hui on parle de crise : la leur est aussi métaphysique qu’indispensable. La mise en scène est… non, on ne vous en dira rien avant le huitième jour et on ne passera surtout pas la brosse à reluire. Bien sûr c’ est le fidèle Lucernaire qui cet été est le lieu où vous pouvez aller aimer le théâtre, rire et sortir pour rêver et rire encore.
Théâtre Lucernaire : du mardi au samedi à 20 heures, réservations : 01 45 44 57 34.

02 août 2014

Les 39 marches, de John Buchan et Alfred Hitchcock

Adaptation française de Gérald Sibleyras.
Conception originale de Simon Corble et Nobby Dimon, mise en scène d’Eric Métayer. Avec Christophe de Mareuil, Sarah Gellé ou Andréa Bescond, Arnaud Gidon, Thomas Ronzeau.
D’abord un théâtre antique puis classique. Des siècles et des siècles après : l’avènement du cinéma, soit écrans gigantesques, bruits souvent meurtriers, zooms et re-re zooms infernaux dans des salles avec sorties de secours qu’on a envie de gagner dès les premières secondes, même si on n’est pas totalement claustrophobe. Et le reste est à l’avenant, tout aussi cauchemardesque. Pardon ! Vous vous êtes réveillés et nous sommes à Paris en août. Les soirées tièdes sont longuettes et un déclic se produit : ce soir, au menu, télévision pour "chambre de clinique" ; c’est non : alors ? Nous vous tirons par la manche vous qui n’en portez plus et votre camarade qui a vu la pièce au Théâtre des Béliers Parisiens a un éclair : « Et si … ? » Vous voilà reparti en Ecosse grâce aux kilts poétiques avec motifs floraux de tissus Indiens du sud. Or vous êtes au nord de la Butte Montmartre, lieu où souffle aussi l’esprit. Vos quatre comédiens bondissent et rebondissent, bien-sûr ils incarnent chacun des vingtaines de personnages, et évidemment vous les démasquez avec ravissement même si Lui joue le rôle d’une Elle ubuesque et si Elle, la vraie, devient de plus en plus marilynesque quand elle retrousse sa robe et dégrafe ses bas. Entre temps le petit placard qui s’est installé au centre du plateau s’est ouvert pour qu’un lit conjugal aux couleurs joyeuses vous fasse rêver et décoller une fois encore. Faux entracte et ça repart. A l’écran c’était un polar ; sur la scène des généreux et facétieux Béliers c’est du grand art. Allez-y sans plus tardez et vos camarades y retourneront avec leurs amis, et nous aussi.
Théâtre des Béliers Parisiens, du mardi au vendredi à 20h45, le samedi à 18h et 21h. Réservations : 01 42 62 35 00.