27 octobre 2014

L’écrou, de Grégory Goutay

Mise en scène de Richard Fériot
Avec Eva Provence, Michel Grand et Grégory Goutay

Un écrou qui vous serre, vous visse le cœur. Grérory Goutay en a écrit ce texte dont il joue le rôle principal ce qui est une jolie gageure. Un écrou ce serait aussi une vis d’assemblage… L’auteur a voulu pour décor un non-lieu, avec au fond du plateau un banc juste bon à accueillir deux personnages. A cour, sur le sol une sorte de matelas de fortune, du genre de ceux qu’on sort d’un placard pour le célibataire qui a mieux à faire que d’y accueillir pour la combler une femelle désirable, aussi nécessaire que fonctionnelle. Le bilan ? Heureusement qu’il y a ce monsieur aux jolis cheveux longs et blancs ; livre à la main il veut tout remettre en bon ordre. Y arrivera-t-il ? A la toute fin et après des ébats longuets et peu convaincants sur le pseudo-lit, ce sera une sorte de scène de ce faux ménage. Pourquoi, voire pourquoi pas… La fin? Il y a un long noir et le jeune homme réapparait seul assis à cour en travers d’une porte. A-t-il et avons-nous simplement rêvé ? Resserrez les boulons et dites-nous combien vous avez aimé cette pièce et ses interprètes.
Au Théâtre du Nord-Ouest, samedi 1er novembre à 19 h, samedi 8 novembre à 19 h, jeudi 11 décembre à 19h. Réservations : 01 47 70 32 75.

23 octobre 2014

Le mariage de M. Weissmann, d’après le roman «Interdit» de Karine Tuil

Adaptation et mise en scène de Salomé Lelouch.
Avec Jacques Bourgaux, Mickaël Chirinian et Bertrand Combe.


Donc se marier de nos jours, mais avec qui, quand, et surtout pourquoi et comment ? Vous voilà partis pour une petite heure jouissive avec trois comédiens qu’on entend parfaitement, chose vous en serez d’accord, qui se fait plutôt rare ces temps-ci. Leur gestuelle est juste, décalée, ou farcesque. Les éclairages sages et réalistes se mettent à vous faire délirer sans jamais cauchemarder. Le décor comporte un mince panneau central derrière lequel peuvent se réfugier nos hommes quand ils ne doivent plus être dans le coup, mais s’allonger sur le lit pour cabinet de psychanalyste, légèrement incliné comme ceux des centres hospitaliers. Les comédiens sont habillés de la même manière : chemises à carreaux, pantalons stricts, très correctement. Mais le sujet, la trame de la pièce ? Saül Weissmann, septuagénaire, est-il né juif ou pas ? On repart à zéro et on est à deux doigts de lui demander qu’il nous prouve (montre ?) qu’il est circoncis. Digérée, régurgitée, démaquillée, remaquillée ou pas : soit la judaïté et les complexes qu’elle génère, semble-t-il. Nos messieurs adoptent des accents plus que vrais, ôtent leurs calottes et caressent leurs barbes… nécessaires ! Tant d’autodérision fait que le public est plié en deux, voire en quatre, mais qu’il applaudira à tout rompre et demandera même à la sortie du théâtre où il pourrait se procurer le texte de ce qui s’intitulait au départ « Interdit ». Vous avez fini par comprendre pourquoi.
Théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 19 heures, réservations : 01 48 74 76 99.

21 octobre 2014

Mer amère, de Pierre Plauwadel

Mise en scène : Isabelle Janier ; assistante : Emma Cihen-Hadria; lumière : Jean-Charles Plauwasel.
Avec : Guillemina Celedonn, Baptiste Genet, Gaspard Lepage, Clara Marchina, Pierre Plauwadel, Clarisse Seiller.
Sur le plateau au départ ils et elles sont sept, yeux à terre tels des pèlerins fatigués ou même découragés. Puisque si loin d’une terre tellement trop promise. Vous entrez dans leur jeu et n’en sortirez que plus perturbés qu’eux. La troupe d’Isabelle Janier est composée d’excellents anciens élèves mais comédiens dans l’âme, comme elle l’est elle-même. Le voyage qu’ils ont entrepris sera long et au cours de ce qu’on a du mal à nommer trajet, tout ira dans tous les sens. Les comédiens dansent, se promènent parfois à la queue-leu-leu et chantent, certains remarqua-blement, comme les vrais comédiens doivent savoir le faire. La metteur en scène n’a pas choisi de fignoler des lumières qui compliqueraient peut-être tout. Bien sûr cette saga océane est inracontable. Elle se termine par le retour d’un jeune homme auprès de sa mère, comme s’il voulait lui demander de le réveiller d’un cauchemar, son premier ou bien celui qui lui permettrait de survivre. Tout cela est touchant.

Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre des ‘Grand chefs-d’œuvre du théâtre’, en alternance jusqu’au 21 décembre. Voir dates et réservations : 01 47 70 32 75.

14 octobre 2014

La terre s’appelle Pablo

Monologue sur le poète Pablo Neruda, conception et écriture de Luis Del Rio Donoso
Mise en scène et interprétation : Michel Pilorgé
Avec Jean-Luc Tassel : piano et arrangements des thèmes originaux et Christophe Pons : violon.
Tous deux sont étonnants et jouent remarquablement bien ensemble, l’archet du violoniste étant la baguette d’un chef et l’instrument du pianiste tour à tour une aube et une aurore symphoniques. Michel Pilorgé est un raconteur se reposant sur un banc à jardin puis qui vient à l’avant-scène, s’installant parfois au centre sur une chaise, avec à la main le manuscrit, ce texte qu’il dit, lit, interprète, réinvente. Il a de l’empathie, de l’humeur et de l’humour ; mais il est d’abord au service d’un texte qui réinvente son univers. C’est une terre fantastique, préhistorique, aux montagnes violentes qui bordent et définissent son continent. Les spectateurs ont décollé et volent, promus aigles ou rapaces. Cependant que le piano est devenu orgue et le violon un décapeur de cœur humain, parfois mozartien. Et puis voilà que les musiciens se mettent à entonner des chants celtiques. La terre s’appelle ?... Vous jubilez ! On sait qu’il y aura une fin à tout cela mais on ne l’attend pas, on n’en veut pas. On plane encore. Et Neruda qui avoue avoir été «ombre et solitaire» nous confie que vivre, cela veut dire : «parler, lire, écouter, s’épanouir». L’a-t-il écrit en français, lui qui, comme Luis Del Rio Donoso chilien, a choisi la France peut-être comme fille aînée et surtout tant aimée.
Théâtre du Nord-Ouest, lundi 20 octobre à 19 heures et les lundis 10, 17 et 24 novembre à 19 heures. Lundis 1er et 8 décembre à 19 heures. Réservations : 01 47 70 32 75.

12 octobre 2014

Camille, Camille, Camille.

De Sophie Jabès, mise en scène de Marie Montegani
Avec Nathalie Boutefeu, Vanessa Fonte, Clémentine Yelink
Sur le plateau elles sont trois, tour à tour ou ensemble, mais au centre posée plus bas que les autres et assise sur une chaise dont elle ne se lèvera que vers la toute fin il y a une femme plus mûre que ses gracieuses partenaires trentenaires ou quarantenaires. Au fond un grand écran habilement mais rarement utilisé. Un trio baroque que la folie construit, déconstruit et pourrait peut-être reconstruire. La vraie Camille Claudel, sœur de ce Paul écrivain majeur, homme de croyances et de courage que vous avez aimé lire et admirer, avait des yeux ravageurs, sans cernes, mais surtout des mains de sorcière donc plus démoniaques que celles de son maître ce Rodin, son amant mais surtout pseudo-père de remplacement. On se croirait parfois dans un théâtre antique avec personnages statiques, mais les lumières réorganisent et réchauffent régulièrement l’ensemble. Camille un et Camille un-bis, plus Camille deux, frottez-vous les yeux ! Nos deux jolies dames changent systématiquement voire mécaniquement de tenues, jetant par terre des tissus blancs, genre linges propres et très hygiéniques. Cela pourrait durer et aurait pu durer… La vieille dame se lève et c’est la fin. Camille Claudel, internée parce qu’il le fallait - n’est-ce pas la famille ? - est morte octogénaire. Pièce et récit intelligents, parfaitement écrits et présentés ; que vous dire de plus ? Que Clémentine Yelink dans le rôle de l’octogénaire internée vous sidérera assurément.
Lucernaire, jusqu’au 22 novembre, du mercredi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34.