23 novembre 2014

De quoi parlez-vous?, de Jean Tardieu

Mise en scène Sophie Accard ; direction artistique Léonard Prain avec Sophie Accard, Anaïs Mérienne, Léonard Prain, Tchavda Pentchenev. Scénographie Sophie Accard ; costumes Atossa ; musique Vincent Accard ; création affiche François Supiot. Production Compagnie C’est-pas-du-jeu.
D’abord il nous faut avouer qu’il est infiniment plus difficile de parler d’une pièce que nous avons appréciée et aimée que d’un spectacle qui nous a laissés perplexes et qui nous donne presque envie de nous en débarrasser à coup de phrases parfois hargneuses : Ouf ! Non, bien sûr, direz-vous, nous en faisons trop. Mais alors comment dire tout le bien qu’on a pensé, les émotions et surtout les plaisirs que l’on a ressentis, donc l’admiration que l’on a pour l’équipe artistique aux commandes de ce Tardieu-ci. Nous connaissons et admirons Jean Tardieu depuis toujours et ici on apprécie son côté professeur de collège ou même de petites classes qui vous tient par la main, par la plume, et vous enjoint d’abord de bien terminer vos phrases. Point, fermez la parenthèse. Et puis il faut faire court ! Nous aurons du mal à nous y résigner tant une fois encore la Manufacture des Abbesses en cette veille d’hiver et de frimas nous offre une bonne heure de pur bonheur. Cette manufacture du Montmartre nord où l’on y dégringole par des rues merveilleusement pentues et où l’on est si bien reçu. Trêve de tralala, de quoi parlions-nous déjà ? La troupe : soit deux dames et deux messieurs à intervertir si besoin est, donne l’impression d’en héberger combien d’autres plus que farfelus… Le spectacle est composé de cinq pièces « courtes et comiques » tournant autour des difficultés de comprendre et de communiquer, mais ne dites pas que c’est ‘hurluberluesque’ ou quoi donc encore, pas du tout. Les costumes ont les teintes vives de celles des crayons de couleur pour gamins à la maternelle. L’une des comédiennes arbore une robe pour ancienne pré-ado et qui aurait pu avoir des volants ; sa voix est celle d’une jolie jacasseuse mais on l’entend bien, ce qui n’est plus toujours le cas des jeunes qui ont récemment investi les plateaux. Ses camarades, hommes déguisés en femmes ou pas, ont une énergie folle, et cerise sur le clafoutis, un mot pour un autre vous fait décoller et grimper au paradis. Vous sortez de là en clignant des yeux, vous remontez la pente qui mène vers le Sacré-Cœur et vous ne vous enfournez surtout pas dans le métro ; vous marchez en vous disant « merci Jean » et aussi « Je reviendrai demain ». Entretemps j’aurai bassiné amis et voisins de mon immeuble : dix étages ! Souhaitez-moi de bonnes jambes ou un bon ascenceur.

Manufacture des Abbesses, jusqu’au 30 décembre, lundi, mardi et mercredi à 21h00, dimanche à 20h. Réservations : 01 42 33 42 03.

04 novembre 2014

« Camille Claudel 1864-1943 », de Christine Farré

D’après la correspondance de Camille Claudel et des textes d’Octave Mirbeau, Eugène Blot, Morhand, Asselin (critiques de l’époque)
Adaptation et mise en scène Christine Farré, avec Jean-Marie Bordja, Nicolas Pignon
Jusqu’au 22 novembre au Théâtre du Lucernaire à Paris se donne une pièce intitulée « Camille, Camille, Camille » que nous avons aimée ; quant à cette Camille Claudel-ci jouée régulièrement depuis sa création au Festival d’Avignon en 2005, elle est à l’affiche dans la capitale à la Folie Théâtre. Les deux sont complémentaires pensez-vous, mais dans quel ordre aller les voir ? Nous ne vous en dirons rien si ce n’est que « Camille Claudel 1864-1943 » est proposée à la Folie Théâtre, dans ce petit lieu avec bancs et coussins très salle de Festival avignonnais -off. Mais pourquoi vous avoir infligé un pareil prologue ? Parce qu’il est difficile de vous dire d’emblée combien nous avons jubilé pendant une heure qui nous a paru si courte. La folie abolit le temps… un temps ou tout le temps ? La comédienne qui incarne Camille est debout face à ou devant deux messieurs sérieux avec vestons de bon aloi mais aux airs consternés ; et il y a de quoi : la ravageuse les enverrait facilement tous deux dans les cintre… Sur le rideau de fond sont affichées des reproductions des œuvres de la sculptrice et le plateau est couvert de tentures aux couleurs vives. Elle qui porte une légère robe blanche sorte de tenue de nuit, les utilisera comme châles pour couvrir ses épaules. De plus en plus hystérique elle se saisit des bassines de fer posées sur le sol certaines remplies d’eau, elle y plonge le visage, en boit le contenu ou le jette dans la salle. L’hystérie devient totale, et les explications perturbantes que Camille propose ou impose à ses camarades Octave et Eugène, bien qu’apparemment cohérentes ne sont en réalité qu’embrouillage désolant. Nous autres, spectateurs subjugués, essayons de nous en dépatouiller ; quant à vous en parler avec toutes sortes de superlatifs, très vite ça n’aurait plus de sens. Allez donc à la Folie… les comédiens vous rencontreront volontiers après la pièce et vous leur direz votre reconnaissance.
A La Folie Théâtre, jusqu’au 29 novembre 2014, tous les vendredis et samedis à 19h30. Réservations : 01 43 55 14 80 et www.folietheatre.com.