04 janvier 2015

Brigade financière, de Hughes Leforestier

Mise en scène d’Anne Bourgeois, avec Nathalie Mann et Hughes Leforestier.
Performance, gageure ou les deux ? Le texte et sa théâtralisation sont bien les deux et plus encore. D’abord et surtout des rôles inversés. La femme est le personnage qui interroge encore et encore et traque l’homme, au départ plus que mal à l’aise : c’est un homme d’affaires donc de pouvoir et de finance de classe internationale qui a toujours tout réussi ; il n’avait jamais pensé une seconde qu’une jolie femme à la voix qui se veut râpeuse de femme-prof derrière son bureau puisse un jour lui poser question sur question, à lui maintenant mis en garde-à-vue, situation qui lui semble un gag de mauvais goût sans plus. Bien sûr vous avez immédiatement  pensé à Eva Joly, cette redoutable femme au parcours insensé qui apprit tout de l’existence en exerçant des dizaines de fonctions ou de métiers les plus divers, issue qu’elle était d’une famille plutôt modeste d’agriculteurs norvégiens, mais qui avoua un jour avoir compris qu’elle ne voulait ou ne voudrait jamais laisser à personne « le temps de se venger ». A partir de là vous pouvez envisager de découvrir la vraie figure de ce personnage qu’est la brigadière de Hughes Leforestier.
Anne Bourgeois met en scène sobrement et brillamment un texte parfaitement ficelé monté autours de trois axes : « honte, mensonge, espoir » d’un auteur pour qui la langue française est probablement sa vraie raison de respirer, donc d’exister. Cet amour de la langue transcende la pièce et lui donne une partie de son souffle.
Vous vous doutez bien que la fin ne sera surtout pas celle que vous auriez pu envisager au premier abord et le suspens durera tout le temps de cette garde-à-vue peu ordinaire.
Moralité : un bon exposé de ce qui s’est réellement passé en France ces dernières années dans certains cabinets de juges d’instruction pugnaces, parfois venimeux. Et la présentation somme toute assez juste de grands patrons aux pouvoirs colossaux et cependant un brin naïfs sur la réalité de leur puissance. Des duels dont la presse et l’opinion publique qu’elle formate se sont régalés. Sans voir que derrière tout cela des puissances voilées veillent soigneusement à freiner tout débordement. On sait bien qu’aujourd’hui justice et théâtre se récupèrent, pour votre plus grand plaisir.


Cette pièce a été jouée au Festival d’Avignon off trois années d’affilées à guichet fermé. Elle se donnera à partir du 21 janvier jusqu’au 31 mars au Ciné XIII Théâtre, 1 avenue Junot, Paris 18ème. Réservation au 01 42 54 15 12. Un théâtre où vous serez toujours reçus par une équipe souriante et avisée.