19 janvier 2015

Britannicus, de Jean Racine


Amour, gloire et trahison dans les hautes sphères.
Il est toujours passionnant d’entendre ce que disent les spectateurs sortant d’un théâtre. Dans quel état d’âme sont-ils ? Quel règlement de compte la pièce peut-elle aider à faire ?
Le parti-pris de Florence Marschal qui interprète le rôle principal en alternance c’est d’en faire une sorte de comédie pour cabaret voire même café-théâtre des années soixante. Ça s’étreint, ça se tripote, ça se ré-embrasse.
Comment vous rendre compte ou vous raconter ce que la compagnie 'L’air du verseau' fait de la pièce la plus joué et peut-être la plus célèbre des douze dues à Racine. Il y est question de famille recomposée comme l’on dirait aujourd’hui mais surtout de jalousie, de haine viscérale, de désir insurmontable tout cela entraînant forcément mort d’homme. Ici c’est par empoisonnement, bien que le meurtrier déclare de son rival « j’embrasse mon rival mais c’est pour l’étouffer » avant de mettre fin à ces jours à l’aide de poison qu’il lui verse dans le verre avec lequel il va trinquer.
Et tout cela pour récupérer sa dulcinée - histoire sordide de déséquilibré affectif dirait-on de nos jours. Effectivement c’est de déséquilibre qu’il s’agit. La mise en scène suggère que ces hommes, tous plus virils les uns que les autres, se dopent grâce aux boissons qu’ils ne cessent d’ingurgiter et qui sont placées sur une tablette à jardin : on en compte une dizaine, du genre de celles qu’on trouve dans les McDo de notre siècle. Vous avez compris que décors et costumes sont ceux que vous trouvez de nos jours, que les jeunes filles en mini-jupes ont une dégaine archi-sexy. Vous avez une sensation de gaudriole… et que cette version a été concoctée pour que les gamines et gamins qui risquent de l’étudier au lycée le fassent en se tordant de rire. Le rire étant toujours et de plus en plus le propre de l’homme en l’époque trouble que nous vivons, vous en conviendrez.
Vous aviez compris que la compagnie 'L’air du verseau' ne pouvait que déjanter, ce signe astrologique étant celui de gens souvent aussi facétieux qu’imaginatifs, plus que drolatiques, décalés. Les interprètes sont convaincants et se font parfaitement entendre. Mention spéciale pour tous et particulièrement pour celui qui est un Narcisse perturbant.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre Racine : l’intégrale, jusqu’en avril. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com.