14 janvier 2015

La colère du Tigre, de Philippe Madral

Avec Claude Brasseur, Michel Aumont, Sophie Broustal, Marie-Christine Danède. Mise en scène Christophe Lidon.
La pièce se donne depuis 4 mois et on ne voit pas bien pourquoi elle s’arrêterait tant elle est exceptionnelle. Tout a été fait pour cela, il est vrai, et l’on ne sait pas par où commencer les louanges.
Par le décor peut-être, qui outre ses éléments principaux est aussi constitué d’images vidéo étonnantes et très séduisantes qui disent tout, autant qu’elles illustrent les mondes de ces deux amis de toujours qui se rencontrent au bord de l’océan. Ils sont du troisième âge et célèbres depuis longtemps dans des domaines aussi éloignés qu’opposés. Le Tigre c’est Clémenceau, grand homme politique à qui la France doit beaucoup, du moins selon la version officielle, et Monet le peintre impressionniste connu par les fameux nymphéas, ces fleurs qu’il nous a appris à aimer. C’est au sujet de ses tableaux que nos deux hommes vont faire semblant de s’affronter, Monet ayant détruit l’un deux.
Mais pourquoi le Tigre s’est-il mis en colère ? Est-ce quelque chose d’habituel chez lui ? Demandez à ceux qui le connaissent et vivent auprès de lui. D’abord à sa domestique, cette redoutable femme qui connait ses goûts, son mode d’emploi et ses horaires de vie. Ou encore à cette femme charmante qui fait mine de n’être là que pour l’obliger à rédiger ses mémoires qui seront une leçon d’histoire pour les générations futures. On apprend de cette mère de famille que sa fille s’est supprimée ce qui ne l’empêche pas de redonner un sens à son existence et d’aider Georges à tout nous dire pour que la France reste « fille aînée de l’Europe ».
La distribution atteint un sommet ; Michel Aumont est un Monet barbu convaincant, et Claude Brasseur un Clémenceau époustouflant. Les comédiens s’interpellent dès le début d’une voix plutôt râpeuse : le ton est donné et l’atmosphère s’installe. Quant à l’accent désopilant du Nord de la France de la domestique, ce sera la gourmandise de plus. Elle met la table, sert des plats qu’elle a confectionnés. Elle ôte la nappe et rejoint sa cuisine d’où elle entend tout et dont elle sort quand il le faut et remet en ordre non seulement la salle à manger, les chaises mais aussi les propos de « Monsieur ». C’est réjouissant et la salle réagit joliment, chaque fois que la grande et gracieuse jeune femme se manifeste. Elle finit par tomber dans les bras de Clémenceau. La scène est émouvante et l’on goûtera pleinement les images du bord de mer au ciel bleu traversé d’oiseaux.
Théâtre Montparnasse, jusqu’au 28 février ; du mardi au vendredi à 20h30, le samedi à 17h30 et 20h30. Réservations : 01 43 22 77 74 et theatremontparnasse.com.