20 février 2015

Ceux de 14

Mise en scène et interprétation : Olivier Lacut ; collaboration artistique : Delphine Darvenne, Editions Flammarion 1983.
Bien entendu une lecture de textes n’est pas une pièce de théâtre et on s’y prépare d’une manière spéciale puisque l’on sait que l’émotion viendra seulement des mots et des phrases dits par les comédiens face à un pupitre et tournant leurs pages généralement de façon fascinante : il le faut ce sera leur seule gestuelle. Leur voix devant faire tout le travail passionnant qui s’impose.
Cette fois-ci dans la salle envoûtante au sous-sol des Déchargeurs le lecteur ressemble à un professeur qui ne veut surtout pas perturber des élèves dont on sait maintenant comment ils réagissent, en douce ou pas. Dans la salle quelques gamins d’une dizaine d’années gigoteront un brin puis écoutant les conseils de leur mère qui les a emmenés là sans leurs camarades de classe, donc assis plus calmement aux côtés de leurs parents. Ils sont visiblement touchés par les descriptions de soldats souffrant atrocement et mourant dans des tranchées ou pas, les corps devenus de la viande. Genevoix les décrit de manière plus que réaliste ; il y aurait de quoi défaillir si la voix du comédien prenait la moindre inflexion. Ce ne sera pas le cas. Olivier Lacut lit imperturbablement puis fait signe à deux jeunes filles d’une douzaine d’années vêtues comme lui de chemisiers blancs et de pantalons archi-simples du genre « jeans ». Elles lisent à leur tour des textes de ces poètes mythiques des années 14 et suivantes qui au demeurant ont vécu les guerres plutôt par procuration à la différence de Genevoix. Signe à la régisseuse qui nous fait entendre des chants patriotiques enregistrés par celles et ceux qui s’étaient donné pour mission de faire vibrer nos familles. La Madelon vient donc nous servir à boire. Les lumières éclairant les textes du comédien se sont éteintes. Elles se rallument et ça repart comme en quatorze.
Vous ne vous êtes pas rendus compte que l’émotion qui ne nous avait pas étouffés au départ et qui faisait la pause quand Lacut empoignait sa bouteille d’eau minérale en plastique et buvait un coup à la santé non pas, pensons-nous, du Roi de France, et tant pis pour la Reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre ! Pause, re-lumières et nous voilà à nouveau au front. Étonnamment l’effet Genevoix nous remonte à la gorge. Les jeunes filles redisent les poèmes indispensables et les anciens 78 tours refonctionnent. Et cela jusqu’à la fin de cette petite heure nécessaire pour les collégiens et lycéens actuellement en vacances à Paris qui ne connaissent les conflits que grâce au cinéma et à la télévision avec bruits et musiques de fond.
Rassurez-vous : vous serez bouleversés, même si l’écriture de Maurice Genevoix est parfois volontairement lourde avant d’être poignante.
Théâtre des Déchargeurs, salle La Bohême, jusqu’au 16 avril, les jeudis à 19h30. Réservations : 08 92 68 36 22 et 01 42 36 00 50.