02 mars 2015

Phèdre, de Jean Racine

Mise en scène : Jean-Luc Jeener, costumes : Catherine Lainard, lumières : Jean-Luc Jeener
avec Jean-Paul Audran (ou Christophe Haley), Eloïse Auria, Anne Coutureau, Amélie Fromont, Marie Hasse, Fabien Floris et Alfred Luciani.
Production Compagnie de l’Elan et Théâtre Vivant.
On se souvient que le plus célèbre théologien janséniste contemporain de l’auteur avait déclaré que Phèdre était « une chrétienne à qui la grâce avait manqué ». Euripide et Sénèque nous avaient fait le récit de l’effroyable parcours de cette femme singulière, épouse du roi Thésée mais aussi belle-mère d’un très jeune homme, ce prince Hippolyte qui ressemble tant à son géniteur qu’elle en est tombée éperdument amoureuse. Mais Hyppolyte est épris d’Aricie. La nouvelle de la mort de Thésée déclenche tout puisque Phèdre ose alors déclarer à son beau-fils la passion qu’elle éprouve pour lui. Tout bascule lorsque Thésée revient : la nouvelle de sa mort était fausse et tout s’écroule pour son épouse. Œnone sa nourrice et confidente est en fait la cause de ces catastrophes. Elle les a déclenchées en voulant protéger celle sans qui sa vie n’aurait pas de sens. La suite et la fin nous les connaissons : mort d’Hippolyte dont Phèdre et Œnone sont responsables car elles l’ont conduit au désespoir. Phèdre décide de quitter la vie et absorbe du poison. Elle meurt et Thésée est effondré mais les dieux ne l’abandonnent pas, responsables qu’ils sont : il doit échapper à la mort et survivre mieux que tout autre.
Jean-Luc Jeener a voulu une mise en scène aussi percutante qu’attendrissante comme le sont ses conclusions et comme le sont ses comédiennes, ces jeunes femmes à qui la grâce physique ne manque pas ; elles sont proches de la terre et du sol sur lequel elles s’allongent parfois telles des enfants mal dans leur peau. Elles en viennent à ramper comme des animaux. Leurs douleurs et leurs doutes les accablent.
Elles ne balbutient pas comme le font leurs partenaires masculins, du moins au début de la pièce, mais elles paraissent cependant tout à fait immatures.
Au centre du plateau, quasi imperturbable est assise une jeune femme avec dans les mains une sorte de gros chapelet dont elle entrechoque les boules régulièrement martelant le temps sauf à la fin de chaque acte. Aucune musique, pas d’éléments de décor à part un banc de jardin où certains personnages iront s’asseoir mais le moins souvent possible.
Les costumes des hommes sont de longues redingotes noires. Phèdre est en robe noire aussi et les deux autres actrices sont en bleu ou rouge vif. La scène étrange avec les nombreux escaliers qui y mènent est devenue la ligne dangereuse où régulièrement atterrit une arme tenue à la main par les personnages principaux, puis abandonnée au moment où elle devrait servir.
Trois heures passent très vite, tout étant devenu inexorable. Les voix et les vers claquent ou attendrissent, tour à tour. Anne Coutureau est une Phèdre sidérante quand elle parle tendrement ou quand elle hurle telle une bête féroce à l’agonie.
Émotion et fragilité des êtres qui ne peuvent rester humains car guettés par les dieux de l’Olympe. Le corps pitoyable de Phèdre demeure étendu sur les marches centrales du plateau tandis que sortent Thésée et ses confidents. Noir et tonnerre d’applaudissements.
Théâtre du Nord-Ouest. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com