06 mars 2015

Primo Levi et Ferdinando Camon : Conversations ou Le Voyage d’Ulysse

D’après « Conversations avec Primo Levi » de Ferdinando Camon - Editions Gallimard 1991. Adaptation : Éric Cénat et Gérard Cherqui.
Sous la voûte un plateau vide, et sur les planches quatre chaises noires et pliantes, deux vers le public et deux à l’arrière-plan où elles ont raison d’être puisqu’elles ne serviront à rien. En effet il y a du paradoxe dans ce spectacle qui n’en est pas vraiment un tant il ressemble à un banal entretien avec un homme exceptionnel mais qui aurait pu être enregistré sur simple magnétophone, à l’époque. A jardin, un jeune monsieur en costume sombre et cravate, poseur de questions inévitables, joint les mains sans les tordre et écoute ce que l’homme gracieux aux cheveux blancs dit, conte et raconte imperturbablement. Cela va vous ronger, vous mettre à mal et vous ressusciter. Soit la shoah et un juif italien ayant vécu et survécu en camp de concentration allemand. Malgré les douleurs mais grâce à ses certitudes de chimiste qui a aimé passionnément ce que sa profession lui a permis de comprendre, pas un instant il ne capitulera. Il doit transmettre… comme tout être voulu par un Dieu à qui il fait confiance. Vous fermez les yeux et Gérard Cherqui parle ; alors vous les ouvrez, il parle encore, Dieu merci. A peine sourit-il mais toujours si tendrement. Les lumières à cour sont beiges comme l’est la tenue si tendrement neutre de Gérard/Primo. Pourquoi y aurait-il une vraie ou vraie-fausse fin ? Vous aviez rouvert les yeux depuis longtemps mais le discours intérieur de Primo Levi vous aidera à faire face à tant de choses auxquelles vous faisiez semblant de clignoter des yeux, du genre « basta », n’est-ce pas?
Théâtre Essaïon, jusqu’au 26 mai, les lundis et mardis à 19 heures 30. Réservations : 01 42 78 46 42.