30 avril 2015

Alzheimer, de Jean-Luc Jeener

Mise en scène de Jean-Luc Jeener, avec Muriel Adam, Pierre Bes de Berc, Martine Delor, Christine Liétot, Jean-Dominique Peltier, Bérengère de Pommerol, Syla de Rawsky, Pierre Sourdive.
« Qu’est-ce qui constitue l’être humain ? » commente l’auteur dans une sorte de prologue.
Le titre vous fait-il peur, vous révulse-t-il ? Votre réaction est-elle: « Alzheimer ? Quelle horreur ! » Voyons cela. Soit au début de la pièce sur le plateau un personnage masculin du genre trentenaire qui répète et répète encore : « J’veux du beurre ! » Cet extra-terrestre est assis dans un fauteuil roulant qu’une infirmière déplace quand elle pense ou sent qu’il le faudrait : quelle brave dame… et à sa suite tout l’hosto. Nous revoilà dans un univers Jeenérien, celui d’Outreau, cette autre pièce de notre auteur qui réagit systématiquement aux faits dits de société, ce que les journaleux exploitent pour vous donner le frisson du matin lorsque vous feuilletez un de ces quotidiens inévitables, qu’il soit de droite, de gauche, voire même d’entre les deux mais financé par qui déjà ? Disons tout de suite que c’est une pièce qui nous remue et qu’il faut revoir, tout y étant matière à réflexions qui s’enchaînent. Vieillir pour un être humain a été voulu par Dieu-le-Père, mais Jésus-Christ son Fils a pourtant quitté cette terre à l’âge de trente-trois ans. Paradoxe ou provocation pour nous qui sommes probablement destinés à doubler voire tripler ce score. Il n’y aura pas de musique de scène, non plus que de projections sur écran comme cela a si souvent été le cas ces derniers mois. Nous sommes évidemment dans un hôpital. Sur le plateau face à nous quatre chaises, du genre plastique et pliables ; à la toute avant-scène côté jardin une doctoresse est au travail à sa table devant des dossiers qu’elle consulte méthodiquement. Surviennent deux charmantes petites dames qui dansottent, l’une à la voix angélique déclarant ne croire qu’à l’existence des oiseaux qui la survolent, elle et le monde, et l’autre à la voix toute aussi légère et aux quelques gestes plus que jolis d’une ancienne danseuse classique peut-être. Elles entrent et sortent de scène parlant comme en voix off. Mais l’aumônier de service est là: tout ce qu’il dit vous réconcilie avec la vie vraie même si elle a basculé un tantinet. Cette vraie vie nous guette, nous attend, nous enserre tous, c’est ainsi. L’homme assis et transbahuté parle soudain citant un géant de la littérature. Les dames follettes entrent et sortent de nouveau et le prêtre continue de parler raisonnablement et tendrement. Il nous semble nécessaire de ne rien dire d’une fin que vous aimerez, même et surtout si l’un des personnages quitte la vie d’ici-bas après avoir intégré le fauteuil roulant de son jeune camarade qui a disparu et ne réclame donc plus de beurre ! Vous vibrerez tout le temps que dure cet Alzheimer nécessaire. Les comédiens sont tous touchants et remarquables.


Théâtre du Nord-Ouest, en alternance jusqu’au 19 septembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www. theatredunordouest.com.