23 avril 2015

Music-hall, de Jean-Luc Lagarce

Mise en scène Véronique Ros de la Grange, avec Jacques Michel.
Au centre du plateau un tabouret très haut devant un gigantesque rideau à plis rouges et paillettes avec sur le sol une sorte de tapis du même tissu. Assise dessus une femme habillée d’une robe-manteau stricte, assez courte toutefois pour que ses gambettes qu’elle croise et décroise en deviennent fascinantes d’autant qu’elles se terminent par des chaussures aux talons impressionnants. L’artiste chanteuse se confie à un public qu’elle imagine, mais qui n’existe plus. Elle dit tout et avoue surtout que ses « boys » indispensables ont disparu ; elle fait semblant de croire qu’elle ne sait pas vraiment pourquoi. Elle a une voix chaude et un sourire radieux qu’elle ne cesse de nous offrir, quitte à en faire plus que moins. Mais ça fait partie du métier, de ce métier qu’elle ne peut plus exercer. Les lumières passent du vert au rouge. La voilà qui se lève enfin et descend de son socle. Elle ne fera que quelques pas et y regrimpera vite pour rebalancer les jambes, un coup à droite, un autre à gauche ; on est pris de vertige. Ce qu’elle raconte bien sûr c’est sa vie : enfance au cœur de la France, car elle est une vraie provinciale, du centre. On s’attendrait à ce qu’elle en adopte un parler ou un accent, mais des voix off sont celles des chanteuses qui ont été ses idoles ; dont la si gentille et suave Joséphine Baker. Passages réjouissants et petites musiques crachouilleuses. Soudain une séquence très courte où le comédien qui jouait la fille reprend sa voix de mâle. La salle étouffe de rire. L’acteur qui a définitivement renoncé à son siège ramasse le tissu soyeux posé sur le plateau et s’en fait un costume de scène quasiment impérial. Musique encore et la fin arrive, évidemment indésirée par un public ravi.
La Manufacture des Abbesses, du mercredi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 42 33 42 03.