12 juin 2015

Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand

Adaptation, mise en scène et costumes Henri Lazarini ; scénographie Pierre Giles assisté de Juliette Autin, lumières Xavier Lazarini, masque Sébastien Rickert.
Aux saluts Benoît Solès tombera le masque c’est-à-dire ce nez effarant, cette sorte de flûte de Pan qui inviterait presque à jouer quelques notes. C’est en effet un fichu pif que celui-là, celui de ces sales gosses que nous avons été et sommes peut-être toujours, détestant forcément tous les donneurs de leçons. Et c’est bien par le nez que le Théâtre 14 va nous saisir aussi drolatiquement que généreusement.
Cyrano est bien d’abord un burlesque et un grotesque. Il l’est, physiquement, plus que personne. Son nez « qui d’un quart d’heure en tout lieu le précède » et qui le désigne aux quolibets, le voue fatalement au ridicule. Il l’est aussi par son tour d’esprit et d’imagination. Mais s’il n’était que cela, Cyrano ferait rire, et fatiguerait. Il est quelque chose de plus : dans son grotesque il y a un héroïque et romanesque martyr d’amour en même temps qu’un certain raffinement. Cyrano est épris de sa cousine Roxane, laquelle ne s’en rend pas compte, satisfaite d’être courtisée par un jeune homme dont l’unique point faible est qu’il ne sait guère « draguer » les demoiselles, alors qu’il ne manque de rien à part cet état de grâce dans lequel le mettrait la maîtrise de notre langue.
Une saga commence rythmée de séquences où évolueront des personnages souvent truculents et bavards, en uniformes s’il le faut, des guerriers, des prêtres bon vivants, des bonnes nonnes. Le gouleyant accent périgourdin achève de donner à l’ensemble une tournure provinciale, ô combien rafraichissante.
Les éléments du décor sont simples : un grand blanc sur lequel évolueront les ombres rigolotes d’acteurs en transit.
On riait au départ ; Cyrano touche maintenant. Plein d’une tendresse contenue, toujours prêt à se déclarer, toujours retenu par le sentiment de son ridicule, il ne peut s’empêcher de servir les amours de son rival avec cette Roxane qu’il adore. Il n’avouera sa passion que mourant, quand il est sûr de ne plus entendre la réponse.
Excellemment joué, ce Cyrano est à voir. La qualité du travail des acteurs est parfaitement au service d’une œuvre qu’il n’est pas exagéré de considérer comme une petite synthèse de nos qualités nationales. Brave, spirituel, éloquent Cyrano incarne aussi quelques-uns de nos défauts : forfanterie, emballement, gasconnades. Je parle d’une France « d’avant le grand remplacement ».
La pièce, elle, ne changera pas. L’action, l’habileté de l’intrigue, la moralité du sujet, la force du style en font une œuvre charmante et pérenne.
Théâtre 14 ; dates et réservations : 01 45 45 49 77 et theatre14.fr.