16 septembre 2015

La cantate à trois voix, de Paul Claudel

Mise en scène : Ulysse Di Gregorio ; scénographie : Benjamin Gabrié ; costumes : Salvador Mateu Andujar.
Avec Marianne Duchesne, Julie Mauris-Demourioux, Caroline Moser.
Une cantate cela n’a rien à voir avec quelque chose de théâtralisable, diriez-vous qui êtes gens de bon sens. Oui mais Paul Claudel n’a rien à voir avec un homme normal, non plus qu’avec un écrivain ordinaire, même si photos à l’appui il ressemble étrangement à un de nos chefs d’état actuels, dignité obligeant. Mais lui était un homme qui avait accepté un certain Partage de midi dans sa vie aux "illuminations" que lui avait révélées Rimbaud au temps de sa jeunesse. Au centre du plateau dans la salle si fascinante de ce théâtre (dont nous voudrions redire tout le bien de sa programmation) sur une planche qui fait penser à un radeau, trois très jolies jeunes femmes sont figées dans des lumières faibles, pour ne pas être trop déchiffrables. Laeta, Fausta et Beata se retrouvent pour chanter la Nature et l’époux attendu, éloigné ou disparu. Pour Laeta "joyeuse fille du sol latin" le désir amoureux s’impose avec violence et son homme est à l’image de ce Rhône par où il doit revenir. Fausta, exilée polonaise, s’est tournée vers le travail de la terre. Bien que son mari soit parti pour une "mission sans espoir" l’amour reste un cri tendu entre la douleur et un bonheur suprême. Beata, l’"obscure égyptienne" loue la féminité et la terre nourricière dans un chant mystique et dépouillé qui évoque la perte de l’être aimé. Toutes les trois posent la question de la condition "précaire et misérable" de l’homme. Claudel fait dire à ces trois dames tout ce qu’il n’a pas forcément toujours dit ou confié aux hommes et on lui en sait gré. Celles-ci lèvent chacune lentement un bras du genre statue de la Liberté sur ce monde que l’on ne peut qu’aimer autant que l’auteur. Les lumières une fois encore diminuent si intelligemment que vous n’en éprouvez aucune gêne tant ces trois dames aux voix de déesses vous ont captivés. Jusqu’au bout elles seront nos compagnes puis elles resteront en scène même après les saluts, jolie marée d’applaudissements.
C’est à l’Aktéon, 11 rue de Général Blaise, Paris 11ème ; les samedis et dimanches à 18 heures. Réservations : 01 43 38 74 62.