23 mai 2015

Dr Jekyll et Mr Hyde

D’après Robert Louis Stevenson, avec Antonio Nunes Da Silva
Soit un notaire du nom de Utterson et le résultat de son enquête, parce que les notaires sont en quête permanente, isn’t it ? Au centre du plateau une sorte d’ancienne cabine téléphonique qui bloque le regard et évoque un enfermement pour personnes qui auraient à communiquer, oui mais pour dire quoi et comment ? L’homme va l’occuper, la manipuler, la faire tourner sur elle-même et la faire devenir le lieu où tout arrive ou pourrait arriver. Tenez : et si… Le comédien joue deux personnages aussi contraires qu’indissociables ; il passera le petit temps que dure la pièce à être ce docteur et mystérieux Mister, et à se vêtir de ce qu’auraient pu porter l’un ou l’autre. Les peignoirs qu’il enfile à jardin et à cour sont de toutes les couleurs et textures et à la toute fin il saluera en chemise blanche, mais bonne à essorer. Et vous lui serez reconnaissant d’avoir tant mouillé cette chemise. Comédien prodigieux, il sait tout faire à la fois : jouer, bruiter, se servir de ses mains, du bout de ses doigts, de ses pieds quand ses mains sont dans le dos ; il est partout à la fois et son Jekyll et son Hyde se plient, se déplient, se multiplient et racontent. La boîte tourne encore et encore sur elle-même, vous vous pincez pour être sûr de ne pas rêver : êtes-vous au cirque, ou avec Charlie Chaplin, ou sur le divan d’un psychanalyste, ou encore à la fête à neuneu ou à la Foire du Trône voire à la Comédie française ? Ce Monsieur Da Silva est vraiment phénoménal et vous le saluerez à la fin, vous des larmes de rire aux yeux, et lui exténué mais souriant. Stevenson en aura cogné dans sa tombe; quant à ceux qui sortent de l’Essaïon pourront-ils aller dormir tranquillement sous les étoiles ? Antonio Nunes Da Silva en est une.
Théâtre de l’Essaïon, 6, rue Pierre au-Lard. Paris 4ème ; jusqu’au 1er Juillet, les mercredis à 21heures 30. Réservations : 01 42 78 46 42.

22 mai 2015

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas

Texte de Julie Aminthe, mise en scène Dimitri Klocken Bring, avec Jean Bechetoille, Olivier Faliez, Fanny Santer, Marie-Céline Tuvache.
Ce serait plutôt une mère aimante et aussi une épouse plus qu’admirable tant elle vit aux côté d’un mari régulièrement dépassé par tous les évènements. Chacun de ces personnages raconte ses dysfonctionnements. Mais un vrai repas de famille les attend pour qu’ils savourent ensemble un menu suave dont la dégustation devrait les faire décoller. La mère de famille fait part de ce menu exquis où elle a mis toute son âme, voire plus encore ; chacun des deux autres raconte les turpitudes de sa vie de tous les jours et les désespoirs auxquels il - ou elle - est confronté. Et la mère redonne ce menu savoureux qui va tous les sauver. « Ange gardienne » des trois, elle jubile et sa jolie voix se fait de plus en plus envoûtante. Les autres semblent désespérants et désespérés. Ils ressassent, et ce qu’ils disent est de plus en plus obnubilant parce que vrai. Le sens d’observation de l’auteure est aigü, mais « Le père, la fille et le garçon… à table ! » Le fils ne se prénomme pas Guillaume mais Gabriel, sinon vous auriez eu en écho « Les garçons et G. à table ! » Et vous auriez été pris de fou-rire sans fin. A l’avant- scène et à cour, posé sur des sortes d’oreillers-coussins, le jeune fils c’est Jean Bechetoille, qui ado-prolongé, joue les jolies têtes de mule : merci à lui, car il est bien meilleur que meilleur. Marie-Céline Tuvache, la mère, a décidé d’avoir une voix aussi dérangeante que celle de votre maman quand vous ne l’écoutiez qu’à demi. Olivier Faliez, père déconcerté autant que décadré, est plus que touchant. Fanny Santer, la fille de famille, dérange aussi parfaitement que son frère. Le décor où ils évoluent est du genre triptyque : soit trois petits mini-plateaux côte à côte. Mais à table, enfin ! La fin arrive trop vite, mais si vous restez sur votre faim, reprenez d’un des plats concoctés par Julie Aminthe. Et surtout reprenez-en avec vos copains.
Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15 h. Réservations : 01 45 44 57 34.

11 mai 2015

Les escargots sans leur coquille font la grimace

Tiré d’une histoire vraie de Juliette Blanche, mise en scène de Charles Templon assisté de Florian Jamey, avec Juliette Blanche et Andy Cocq. 
« Vous voulez que je vous dise moi ce que c’est mon premier drame ? C’est d’être une fille. J’aurais aimé choisir. » C’est ce que dit la ravissante petite fille qui sourit sur l’affiche à fond bleu ciel. Ne cherchez pas, ne cherchez rien vous qui êtes en train de jouer dans le jardin de vos parents et grands-parents pendant qu’ils prennent le café après le déjeuner… des secrets de famille qui feraient que votre coquille s’envole, se volatilise, s’écrabouille voire les trois. Une jeune fille apprend ou comprend que son père est également homosexuel, crac ! A partir de là tout valse : elle chante et danse, son partenaire également, divinement bien. Le décor devant lequel ils fonctionnent, composé de panneaux qui sont en fait des miroirs retournés l’un après l’autre, et les effets spéciaux qui les accompagnent, forts ingénieux, sont bluffants. Un rythme désopilant est là. Le comédien est homme-femme ou femme-homme, peu importe, mais c’est un bonheur de plus. Vous entendrez probablement un ronchon dire: « Oui, mais il n’y a pas de vrai scénario, ce ne sont que des séquences accolées les unes aux autres ». On comprend que pour lui le théâtre c’est d’abord… on ne lui en voudra pas. Après le spectacle vous irez déguster des escargots de Bourgogne ou des petits gris, c’est selon, dans ce quartier des Halles où ils figurent toujours aux menus des bonnes maisons. 
Théâtre Les Déchargeurs : 3, rue des Déchargeurs, métro Châtelet. Du jeudi au samedi à 21h30 jusqu’au 20 juin. Réservations : 01 42 36 00 50 et 08 92 68 36 22 et www.lesdechargeurs.fr.