20 août 2015

Le rêve d’un homme ridicule, de Fiodor Dostoïevski

Traduction d’André Markowicz
Mise en scène : Olivier Ythier ; collaboration : Gilles David sociétaire de la Comédie Française ; adaptation et interprétation : Jean-Paul Sermadiras ; scénographie et lumières : Jean-Luc Chanonat ; création sonore: Pascale Salkin.
Vous avez dit : rêver ? Mais « To sleep… perchance to dream… aye there’s the rub… » dixit Shakespeare, « the rub » ça signifie en quelque sorte : le blocage. Notre petit blocage à nous serait dû au qualificatif « ridicule » qui signifie propre à exciter le rire ; mais il sonne un peu mal, il aurait pu être moins percutant voire plus adéquat, cher traducteur. Pardon pour cette mauvaise réaction et passons à ce qui nous a ravis dès le début : l’homme d’abord archi-muet est redoutablement présent. Le banc étroit qui lui servira de lit deviendra tant d’autres choses encore… il y marchera comme sur un pont dangereux pour traverser un canal, une rivière, un fleuve. Le comédien porte un costume très comme il faut qu’il ôte pièce après pièce, sans se dénuder à la toute fin, ce dont on lui sera reconnaissant tant nous redoutions de nous trouver dans une salle de bains ou sur une plage pour nudistes comme ça a été le cas au théâtre ces derniers temps. Délire suivant : le voilà la face entièrement enduite de peinture blanche. Tout redémarre mais dans quelle direction ? L’excellente diction du comédien, sa voix ferme donc envoûtante, les trouvailles des lumières et des sons vous feront vite décoller à nouveau : c’est plus que métaphysique. Vous le lui direz à sa sortie de scène, il aura un sourire tellement charmant ! Et vous redescendrez de Belleville enchantés une fois de plus. Rêvez pour de bon cette nuit-là.
Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris 11ème. Mercredi et jeudi à 21 heures 15, vendredi et samedi à 19 heures 15. Jusqu’au 12 septembre. Réservations : 01 48 06 72 34 et theatredebelleville.com.

17 août 2015

Une heure avec Jean Tardieu

Textes de Jean Tardieu, choisis et interprétés par Diane de Segonzac.
Comment vous dire le bonheur que nous a donné ce spectacle court mais tellement dense et aussi facétieux que généreux. Seule sur scène où il n’y a qu’une chaise, vêtue d’une veste et d’un pantalon qui mettent en valeur sa silhouette fine, ses cheveux courts encadrant un visage tellement expressif, la comédienne est partout à la fois, même quand elle s’éclipse quelques minutes dans les coulisses pour ajustements et vérifications des lumières qu’elle a choisies. Car telle est Diane sur la scène de ce théâtre, lieu de rencontres étonnantes de comédiens, d’auteurs et de spectateurs. Il est situé au numéro 13 de la rue d’un Faubourg qui monterait jusqu’au Mont des Martyrs si on lui en avait donné la chance. Le chiffre 13 c’est aussi le nombre de textes choisis par notre chasseresse. Le dernier s’intitule : « La nuit, le silence et l’au-delà » et figure dans Le Fleuve Caché où ont été recueillis les poèmes de Jean Tardieu (1968). L’auteur enfourche les mots, les triture, les décapsule, les vide de leur contenu, les déflagre, les assassine quasiment, pour enfin les ressusciter par un assaisonnement des plus corsé. Et miracle ! Vous comprenez tout ce qu’ils refusent officiellement de dire. Ils vous clignent les yeux, et si vous fermiez les vôtres vous vous sentiriez comme dans un état second. Manipulation funambulesque des mots et de leurs cousins-germains, vrais-faux-jumeaux, enfants cachés souvent faussement hypocrites. Ces « mots pour les autres » vous feront jubiler tant leur dosage est judicieux. Chapeau, Diane ! Allusion toute trouvé à son haut de forme et quelques accessoires du genre foulards ou voiles très suggestifs. Elle s’assoit pour lire quelques textes majeurs, histoire de vous donner l’impression que, livre en mains, vous pourriez aussi le faire, ce qui est plus qu’aimable, et tout repart. On désopile derechef.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre jusqu’au 11 septembre. Voir dates, horaires et réservations : www.theatredunordouest.com et 08 92 68 36 22.