25 octobre 2015

Phone-tag

Pièce radiophonique d’Israël Horovitz
Mise en scène : Adrienne Ollé, avec Pierre-Edouard Bellanca, Laura Chétrit, Aurélien Gouas, Pierre Khorsand et Léa Marie-Saint Germain ; Direction artistique : Léa Marie-Saint Germain.
Pièce radiophonique selon l’auteur, il faut donc le croire, quoique… Au départ les cinq interprètes sont debout face public munis de pancartes sur lesquelles sont inscrits leurs prénoms; donc vous n’aurez aucune excuse si vous vous emmêlez les pinceaux quand chacun d’entre eux jouera à être un ou plusieurs autres messieurs ou dames. Ça démarre après qu’ils et elles se sont réfugiés en coulisses. Très vite ça passe à la quatrième vitesse. Chacun et chacune devient successivement un ou une autre, avec des tics, des accents, des manies, des presque tares. Bien sûr il est déjà trop tard pour que vous puissiez cesser de rire, car leurs numéros sont devenus plus qu’hilarants. L’un d’eux se réincarne en chien et lèvera la papatte. L’intrigue, comme on dit ? On s’en est vite moqué. Sur scène d’énormes coffres genre coffres à jouets, superposés, désuperposés valsent mais ressembleraient aussi à des camions faisant la course sur le périphérique avec les risques que cela encourt. A dire également que tous chantent ; langue d’Horovitz - pardon de William Shakespeare aussi - oblige. Vous vous demandez, fascinés que vous êtes, si cela va avoir une fin, tellement vous êtes sous le charme de ces jeunes interprètes. Stop ! Pardon : arrêt ! Et nous ne vous raconterons surtout pas ce qui n’est pas une fin. Donné d’abord à Avignon-off, et on comprend pourquoi, tant la cité des papes est une rampe de lancement miraculeuse, Phone-Tag est maintenant à Montmartre, ce mont des martyrs : comprenez ceux qui n’ont pas eu la chance d'être récemment des festivaliers. Téléphonez à vos amis pour leur faire du bouche-à-oreille.
Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure Paris 18ème. Vendredi, samedi et dimanche à 19 heures. Réservations: 01 42 62 35 00.

23 octobre 2015

Nous qui sommes cent

Texte de Jonas Hassen Khemiri ; traduction Marianne Ségol-Samoy ; mise en scène Laura Perrotte.
Avec Caroline Monnier, Laura Perrot, Isabelle Seleskovitch.
Sur le plateau sont posés une petite locomotive rouge qui est un vrai-faux jouet, un pseudo-banc et un nounours petite peluche. S’y trouvent trois jeunes femmes pieds nus, cheveux longs et blonds ramassés en queue de cheval. Leurs robes sont joliment démodées, longues, et ressemblent à des habits de gamines, surtout pas serrées à la taille. Musique déconcertante au départ, mais départ de quoi ? D’une triple confession ? D’un rêve qui n’en est et n’en sera pas un ? Nos trois jolies parlent, se confient, deux d’entre elles s’étreignent gentiment ; l’une d’elle est soudain allongée, une autre a revêtu une longue robe noire de princesse en deuil, ou de diva. Celle-ci chante divinement bien. Où sont-elles et où sommes-nous avec elles ? Non pas encore en Scandinavie où le soleil se lève et se couche à des heures qui ne sont pas tout à fait les nôtres. Cette terre de rêves, de cent rêves certainement, et non pas sans rêves, est sans cauchemars. Tout se veut légèreté. Nos comédiennes, très en symbiose, ont été toutes les trois formées dans le même cours, cela se voit, se sent, s’entend et vous serez vite plus que quelques cents à les adorer et à ressentir une décharge de plus aux Déchargeurs.
Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi, jusqu’au 7 novembre. Réservations : 01 42 36 00 50.

15 octobre 2015

Le Dîner

Pièce participative et improvisée
Mise en scène de Joan Bellviure
Avec Joan Bellviure, Jean-Philippe Buzaud, Olivier Descargues, Véronic Joly, Stéphane Miquel, Juliet O’Brien, Richard Perret, Jennie-Anne Walker.
On est accueilli dans le hall du théâtre ou sur les marches de la salle par les comédiennes et comédiens qui vous traitent comme des copains de lycée ou des collègues de bureau. Ils vous demandent ce que vous pensez de… interloqués quelques fractions de seconde vous êtes vite dans le coup. Seconde séquence : vous êtes conviés à vous asseoir dans la salle mais aussi sur le plateau, dix d’entre vous à jardin, dix au fond de la scène et dix à cour. Tout peut commencer. Au centre une table de salle à manger. Le dîner est un dîner de noces et les noces sont celles de vrais amoureux, de jeunes gens mûrs et que le divorce ne menace surtout pas. Tous vont manger et boire, le bonheur l’exige ; un couple montera même sur la table pour y faire un numéro de claquettes. Champagne (ou mousseux ?) aidant, des confidences de tous ordres et de tous désordres s’amorcent. Séquence suivante : on commence à en entendre et apprendre des vertes et des pas mûres sur Lui et Elle et leurs ex respectifs, et la progéniture qui est la leur. Coups de sonnettes : débarquent des copains de copains. La fête continue et on en apprend encore. D’autant que la comédienne à l’accent légèrement hispanique et cette autre charmante résolument québécoise pimentent le tout. Suite ? Bien sûr, mais à la fin qui arrive beaucoup trop vite, les rires et les saluts des spectateurs, debout, vous auront fait décoller.
Théâtre de Belleville, jusqu’en février 2016. Voir dates, horaires et réservations : 01 48 06 72 34.

14 octobre 2015

Une vie sur mesure, de Cédric Chapuis

De Cédric Chapuis, mise en scène Stéphane Battle; avec Cédric Chapuis.
Il existe des spectacles que l’on a une envie folle de revoir immédiatement après avoir quitté le théâtre où on vient de les découvrir, tant on les a aimés et tant on a admiré interprètes et auteurs. En ce début de saison cette " vie sur mesure " dépasse toutes les mesures, et pourtant nous aurons du mal à vous dire pourquoi. Sur le plateau un homme en chemise et pantalon blancs est aux prises avec une batterie, soit une brochette d’instruments dits de musique tous de même métal qu’il apprivoise puis agresse, manœuvre avec des baguettes absolument magiques ; un multi-partenariat qu’il tourne et retourne, manipule avec une dextérité prodigieuse. A jardin, sous un voile noir, il y a certainement quelque chose d’intrigant, à découvrir en fin de partie. D’ici là il vous aura raconté son enfance, c’est-à-dire ce qui fait de nous ce que nous sommes ou aurions pu devenir : un premier de la classe, merci monsieur le professeur ! L’homme en blanc vous regarde et une musique off de jazz se fait entendre et adorer. Il reprend et vous hurlez de rire avec toute la salle. Lui bien sûr fait mine de n’être pas dans le coup. Une vraie grosse fumée venue de la coulisse nous assaille : atchoum et merci ! Vous n’en pouvez plus de bonheur et lui qui est allé jouer à jardin sur cet autre batterie cachée jusqu’ alors, boucle son parcours sauf que, comme nous sommes tentés de vous le redire, son charme, ses talents et ceux de son "metteur" nous sidèrent vraiment.
Nota Bene : au Tristan Bernard même si vous avez réservé vos places, ne vous affolez pas devant la queue, c’est tellement bon signe !
Théâtre Tristan Bernard, 64 rue du rocher 75008 Paris. Jeudi, vendredi et samedi à 19 heures. Réservations : 01 45 22 08 40.

10 octobre 2015

Journal d’une femme de chambre, d’après Octave Mirbeau

Adaptation Philippe Honoré, mise en scène Philippe Person avec Florence Le Corre-Person et Philippe Person.
La pièce a été écrite en 1900 par un auteur tout juste quinquagénaire, ce qui à l’époque en faisait quelqu’un de plus que respectable, et dont les œuvres faisaient autorité. Philippe Person a décidé de l’exhumer en 1974 et de jouer les rôles de deux messieurs qui eurent pour domestique, et plus… cette Célestine. Elle est en jupe noire plutôt courte et ses jolies jambes vous raviront d’emblée. Quant à la domestique d’autrefois, elle était souvent recrutée pour que le bien-être de l’homme d’une certaine caste supérieure soit en tout satisfait. Ici ce serait plutôt une "femme dans une chambre" avec un monsieur, puis un autre. On vous épargnera une quelconque suite voire une fin aussi banale que sordide, même pas vaudevillesque. Merci à Philippe Person d’avoir tout rajeuni et surtout de tenir le rôle des deux messieurs, ces hommes si parfaitement normaux, n’est-ce pas ? Le décor est drolatique, les musiques jazziques, et vous sortez du Lucernaire le sourire aux lèvres. Disons une fois de plus que vous y avez été accueilli de façon charmante, ce qui pour nous est primordial au théâtre, lieu magique où nous rêvons donc existons vraiment.
Lucernaire, à 18 heures 30 du mardi au samedi jusqu’au 31 octobre. Réservations : 01 45 44 57 34.

05 octobre 2015

Oscar et la dame rose

D’Éric-Emmanuel Schmitt, avec Judith Magre.
Tout Paris y court déjà, et la banlieue et la province aussi ! Rendez-vous compte : un auteur et une comédienne mythiques dans un théâtre qui ne propose que des pièces de qualité dans une rue où tant d’autres se risquent à faire confiance à de jeunes auteurs fougueux ou pas. Le décor est compliqué ; il le fallait probablement pour occuper ce plateau : soit de curieuses sortes de portes, plus une centrale qui ne sera ouverte qu’à la toute fin. Les lumières sont très étudiées et la dame sur scène va de nounours en nounours qu’elle empoigne gentiment parce qu’ils ont été ses copains d’une enfance dont elle ne se remettra jamais, et nous non plus d’ailleurs cher Éric-Emmanuel. La «dame rose» n’y est pour rien ou plutôt y est pour tout. Récapitulons : les petits garçons en bleu et les petites filles en rose, quoiqu’autrefois… nous dit-on ! Merci pour ce que vous dites Judith, et merci à Monsieur Schmitt.
Théâtre Rive Gauche à 19 heures du mardi au samedi, le dimanche à 15 heures. Réservations : 01 43 35 32 31.

04 octobre 2015

Le Chant des Oliviers

Comédie de Marilyne Bal, mise en scène d’Anne Bouvier.
Avec Jean-Claude Dreyfus, Julia Duchaussoy et Frédéric Quiring.
Décor de Sophie Jacob ; costumes : Emilie Sornique ; musique : Hervé Devolder.
Sans lui ce champ serait une sorte de désert, même si ses deux partenaires sont d’excellents comédiens car Jean-Claude Dreyfus est une vraie bête de scène qui a cette qualité insensée de donner l’impression qu’il invente son texte et improvise alors que tant de d’acteurs n’envisagent de dire - parfaitement il est vrai – que celui qu’ils ont appris. Pardon pour ce petit préambule qui nous a paru opportun de vous dédier ici. Mais la pièce demanderez-vous et vous aurez raison de le faire... Donc un certain Jacques qui fut restaurateur et ne bénéficie cependant pas de retraite, vit en Provence dans la maison de Léa, sa fille unique. Stridulez chères cigales sous vos oliviers ! Léa annonce à son père qu’elle va épouser Fahed, cuisinier d’origine libanaise. Nous ne vous avons pas encore dit qu’au centre du plateau il y a une table plutôt gigantesque sous un projecteur qui l’est tout autant. Ce qui va se jouer entre le patriarche et les tourtereaux sera touchant autant que désopilant, funambulesque et vaudevillesque. Bref, cette affaire Dreyfus est assurément splendide. Elle se donne au Splendid, lieu où l’on est si bien accueilli, ce qui pour nous autres spectateurs sensibles est plus qu’important.
Au Splendid, 48 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris, du mardi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 42 08 21 93.