13 novembre 2015

L’école des femmes, de Molière



La petite musique au piano est celle que joue votre petite-fille de presque sept ans dont l’instrument serait assez mal accordé. Le mariage serait-il depuis toujours une invention ou une technique de rabibochage de messieurs-dames en manque de… peu importe. La gigantesque et gracieuse cage à oiseaux avec deux portes d’entrée-sortie symbolise le mode d’emploi des dames, partenaires indispensables. Elles doivent être sans défauts et surtout admirées et servies pour ne pas tenter de comprendre leur mode d’emploi et leurs privilèges. La très jeune Agnès a été choisie par Arnolphe, ce barbon auto satisfait qui la croit naïve et incapable de succomber aux charmes d’aucun autre homme que lui. Pour leur mariage devenu imminent un notaire a été convoqué. Mais le jeune et bel Horace lequel se confie malencontreusement à Arnolphe a mis la jeune fille dans un émoi tel qu’elle est prête à succomber à ses charmes ravageurs d’autant qu’il en est sur-doté. Vous connaissez la suite depuis vos années de lycée. La cage tourne sur elle-même, s’ouvre, se ferme ; les domestiques y entrent aussi quand ils ne sont pas nécessaires à leur maître, lequel commence à comprendre ce qui lui arrive et à avoir un coup du vague à l’âme. Pierre Santini est cet homme à l’amertume compréhensible, presque largué, surtout quand il fait ses confidences non pas face au public mais face à ceux à qui elles ne sont pas destinées. Anne-Clotilde Rampon est une Agnès plus que ravissante et crédible. Leurs partenaires dont l’un joue deux rôles de manière désopilante sont délicieux. Le décor est aussi ingénieux que faussement simple. Nous avions plus d’une quinzaine d’envies de vous dire qu’il faut aller au Théâtre 14 qui prend des risques et reçoit si bien ses amoureux.

Théâtre 14, 20 rue Marc Sangnier, Paris 14ème. Jusqu'au 31 décembre, dates et réservations : 01 45 45 49 77.

10 novembre 2015

Les Plaideurs, de Jean Racine

Avec Muriel Adam, Olivier Balu, Philippe Catoire, Djahïz Gil (en alternance) Jean-Jacques Nervest, Dominique Ratonnat (en alternance), Coralie Salonne, Vincent Violette.

La salle Economidès du Théâtre du Nord-Ouest est le lieu idéal où il fallait donner cette farce jubilatoire : c’est fait et la pièce se donnera (en alternance) jusqu’en janvier. Le soir où nous l’avons découverte il y avait au premier rang de très jeunes enfants fascinés d’emblée ; et on comprend pourquoi tellement le rythme, les musiques, les chansons, mouvements, gestes et déplacements des comédiens sont déménageant. Le décor lui aussi est une trouvaille : constitué d’un simple rideau de scène fermé, il deviendra un écran sous lequel les personnages se faufileront. On ne vous racontera ce qui arrive quand il s’ouvrira… L’histoire, vous la connaissez bien sûr depuis vos années de collège ! Des histoires de famille, une vieille comtesse pimbêche donc forcément insupportable, deux jeunes gens charmants et fous l’un de l’autre, et des parleurs qui n’ont rien d’autre à faire puisqu’ils n’ont ni télé ni portable. Ça roule, ça roucoule, ça tournaille à vous en donner le tournis. Vous hurlez de rire, vous regardez votre voisin de droite et votre voisine de gauche : leurs visages sont ravis, donc ravissants ; le temps n’a plus de contenu ni d’importance. Vous vous souvenez vaguement que vous avez des membres de votre famille qui sont ou étaient avocats et que vous admiriez tellement. Vous comprenez pourquoi ils avaient choisi un tel métier : c’était une vocation, comme l’est celle de dramaturge. Pardon ! On en est au stade où les personnages principaux seraient un chien et un chapon ! Chapeau, chère équipe de comédiens, au metteur en scène et à toute la bande.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre Paris 9ème, dans le cadre de l’Intégrale Jean Racine, à 20H45. Réservations et informations : 01 47 70 32 75.

01 novembre 2015

Neige Noire
Variations sur la vie de Billie Holiday
Texte et mise en scène de Christine Pousquet, avec Samantha Lavital, Rémi Cotta, Philippe Gouin.
Billie, force de la nature, née noire parce qu’il le fallait pour qu’elle soit dotée d’une voix qui puisse traverser les déserts et résonner au bout des océans, d’une voix « noire au parfum de gardénia » qu’elle maîtrisera et domptera comme on le fait d’un animal sauvage, que seul un dieu peut accorder à un être humain. L’auteur et metteur en scène est une femme séduite par Madame Holiday : attention « jour saint » et non pas seulement « vacance ». Le décor surprend et vous mettrait peut-être mal à l’aise tant il est composé de dizaines de grosses valises du genre de celles qu’on entassait naguère dans des coffres de voitures ou qu’on réclamait dans la salle des bagages à l’aéroport, et bien sûr il y aura l’intervention d’une fumée dont les théâtres « in » ne peuvent plus se passer, et qui nous fait surtout tousser avant que nous ayons compris son symbolisme. Et puis certaines valises s’ouvrent et des comédiens, partenaires de la divine diva en émergent pour se joindre à elle et chanter aussi idéalement qu’elle. A signaler des séquences aussi magiques qu’irréelles où des tissus et des toiles évoquent des voiles de navire : laissons-nous emballer par le vent ! Bien sûr la langue dans laquelle ils chantent est l’anglais, pardon : l’american-english. Qu’importe quand la beauté est là. L’affiche vous propose-t-elle une dame en robe rouge très décolletée : d’accord mais c’est plutôt un « gag », pardon, comment dit-on ça de ce côté-ci de l’Atlantique ? Burlesque, peut-être.
Théâtre Lucernaire jusqu’au 6 décembre, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 19 heures. Dates et réservations : 01 45 44 57 34.