23 février 2016

Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig

Mise en scène d’Yves Kerbout ; Interprétation : André Salzet. 
Le plateau est quasiment vide et il n’y a pas de décor, seulement un rideau de fond noir. A cour une chaise sur laquelle est assis un homme en costume gris. Il a une cigarette à la main : forcément puisqu’il est dans le fumoir de ce paquebot qui vient de quitter New York pour l’emmener à Los Angeles. Le navire sera évoqué par de simples lumières rondes projetées sur la toile de fond. L’homme va rencontrer celui qui deviendra son partenaire, son ami peut-être - ou ennemi – en tout cas alter ego, voire plus encore le temps d’un voyage qui n’en finirait plus si Zweig avait décidé de survivre pour de bon. Le comédien s’est levé et éteint sa cigarette. Il a accroché sa veste au dos de la chaise. Seul en scène il devient tous les personnages qu’il a rencontrés à bord de ce navire. Ce qui nous vaut une série de performances, de tons, d’accents, de gesticulations jamais intempestives ni théâtrales. Pas de bruitages, ni d’effets spéciaux, pas de tempêtes ni même de vagues. Nous nous enfonçons dans le for(t) intérieur de cet auteur aussi autrichien qu’un certain Adolf mais dont la judaïté de l’un va terriblement souffrir de la criminalité de l’autre. Donc nazisme avec emprisonnements et tortures aussi morales que physiques. Tout défile et la voix du comédien les anesthésierait presque. Mais pas pour nous : nous avons été subjuguée par ce comédien qui joue la pièce depuis combien d’années déjà ? et qui sorti de scène avoue n’avoir jamais joué aux échecs. Peut-être préférait-il le jeu de dames ? Stefan Zweig s’est supprimé, comme vous le savez, mais il reste bien installé dans notre mémoire et dans notre cœur, et André Salzet le sait et en joue. 
Théâtre Le Lucernaire, jusqu’au 13 mars. Du mardi au samedi à 19 heures, et le dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 57 34 et lucernaire.fr.