28 janvier 2016

Entretien avec le Professeur Y., de Louis-Ferdinand Céline

Adaptation : Jean Rougerie. Mise en scène : Rémy Oppert. Avec Jack Galbon et Rémy Oppert.

L’entretien se déroule en ville dans un square dont le nom est affiché sur une plaque posée sur un mur au centre du plateau. Des sièges pliants sont ici et là. Deux messieurs s’y assoient régulièrement pour marquer un temps et se reposer probablement. Du moins pour celui qui se raconte et nous raconte le monde, son aversion et son mépris de ceux qui, comme lui, sont destinés ou assignés à y séjourner pendant des décennies. Nous nous souvenons alors de la première épouse de Louis-Ferdinand, alias ce bon docteur Destouches, et mère de ces enfants, que nous avons personnellement rencontrée et que nous avons entendue dire sèchement : « Ne me parlez plus de cet individu ». Parlons-en donc.
Rémy Oppert est un Céline sidérant qui jongle avec les mots, les charge, les décharge, les recharge, les fait couler, décoller, reculer. Époustouflant ! Certes, ce docteur-là avait tout exploré, trituré, tripoté, tenté de remettre en place. Suffit ! Oui, mais avec Rémy Oppert, ça opère. Pardon pour ce mauvais jeu de mots, aux senteurs médicales.
Son partenaire n’est qu’un simple faire-valoir. S’en rend-il compte ? Ou l’a-t-il vraiment voulu ? A vrai dire, de quoi parlent-ils au juste ? Sous un vernis un tantinet doctoral, la teneur de l’entretien nous semble manquer de profondeur, et Céline paraît en avoir conscience. Ayant tout vu, tout senti, tout tâté, tout reniflé, Louis-Ferdinand s’épanche sans vergogne et sans retenue dans une évocatrice logorrhée diarrhéique peu susceptible de porter l’âme vers des sommets. On a continuellement l’impression d’être enfermé dans des sciences naturelles, alors que la notoriété du personnage aurait pu laisser penser que… mais à vous de voir et de juger cet excellent moment de théâtre.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Fbg Montmartre Paris IXeme. A 20h45 les 5, 22, 26, 27, 29 février. A 19h les 14 et 20 février. Réservation : 01.47.70.32.75.

08 janvier 2016

Chat en poche, de Georges Feydeau.

Mise en scène Anne-Marie Lazarini ; avec Jacques Bondoux, Cédric Colas, Giulia Deline, David Fernandez, Frédérique Lazarini, Sylvie Pascaud, Dimitri Radochévitch.

D’emblée ça bascule puisque le plancher est de guingois et tout le reste à l’avenant. Ravissants fauteuils cocasses aux couleurs du genre de celles choisies par des gamins maniant leurs premiers crayons de couleur, mais aussi cette table aux pieds style Louis XV pour conférence au Palais de l’Elysée. Des portes de sortie subreptices à la dizaine faisant que les personnages peuvent être là sans y être, et entendre ce qui ne leur est pas forcément destiné. Itou quant aux fausses-portes vous permettant de passer à l’arrière-arrière-plan, dans la coulisse où tout se trame. L’intrigue ? Y en a-t-il une, et est-ce une pièce ou un capharnaüm de sketches délirants ? Drôleries et entourloupes, mais de très bons comédiens au service d’un texte-prétexte du genre festival de canulars… quant aux canards il y en a au moins un sur la scène, vrai-faux, comme tout le reste.

Théâtre Artistic Athévains : mardi à 20h00 ; mercredi et jeudi à 19h00 ; vendredi et samedi à 20h30 ; samedi 16h00 ; dimanche à 15h00. Réservations : 01 43 56 38 32.