27 mars 2016

La vie bien qu’elle soit courte, de Stanislas Stratiev

Traduction de Catherine Lepront ; mise en scène de Sophie Accard ; musique originale de Cascadeur.
Avec Sophie Accard, Tchavdar Pentchev, Léonard Prain.
Faut-il penser qu’il serait bien qu’elle soit vraiment courte ? Ici vous auriez tout faux. Et d’abord qu’est-ce qu’un pantalon, et pourquoi nos messieurs devraient-ils les enfiler le matin après avoir désenfilé celui de leur pyjama ? Oui mais si on n’a pas la quoi déjà… qui permettrait de ne pas se retrouver en caleçon devant tous, votre patron, vos clients, vos élèves, voire qui encore ? Le sauveur ou plutôt la sauveteuse serait l’épingle à nourrice : hélas, l’architecte Stillanov ne trouvera personne pour lui en fournir une. « Mon pantalon qu’est décousu, et si ça continue on verra l’trou d’mon…» chanterions-nous qui ne sommes pas Bulgares comme l’auteur. Diantre ! Pourquoi ne sont-ils pas tous en caleçon ? Peu importe après tout. L’homme central est un déboussolant parce que déboussolé lui-même, toujours sans épingle à nourrice. Le décor est constitué d’échafaudages avec vraies-fausses portes d’entrée et de sortie qui ne sont bien sûr que de faux-vrais rideaux. A jardin et à cour quand Lui et Elle s’y installent « ça » joue de la musique : quelques notes seulement mais si bonnes, si simples, si parlantes. Les trois se mettent alors à chanter en langue bulgare: les bougres ! Nous voilà saisis. Les éléments du décor ont joliment déménagé. Il n’y aura pas de vraie fin, heureusement, et aux saluts les applaudissements jaillissent au Paradis.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue N-D-des-Champs, Paris 6ème ; jusqu’au 7 Mai, du mardi au samedi à 19h. Réservations : 01 45 44 57 34 et lucernaire.fr.

20 mars 2016

Le projet Poutine, d’Hughes Leforestier

Mise en scène de Jacques Décombe avec Nathalie Mann et Hughes Leforestier.
Cette pièce a fait un joli carton au festival-off d’Avignon 2015. Elle est reprise aux Béliers Parisiens au cœur de Montmartre ; c’est très bien ainsi puisque Montmartre est une proche butte–off que Paris a eu du mal à récupérer. Récupérer Poutine ? Essayez donc, lui-même s’y est mis avec obstination connaissant parfaitement ses défauts et faiblesses. Sa biographie nous apprend qu’il a dû revoir sa façon de marcher peu gracieuse, donc peu médiatique. Mais ce qui frappe quand on regarde ses photos c’est son regard : celui d’un homme qui évalue et re-évaluera tout, et cela toujours : mais d’abord l’amour de la patrie qu’il sert avec passion, mieux qu’un tsar. Nathalie Mann, qui partage la vie de Leforestier incarne ici une égérie avec énergie, grâce et panache. Leur confrontation ne dure qu’une heure… plus cinq minutes d’applaudissements, ce qui est un vrai score reconnait en riant Hughes Leforestier à qui nous rendons grâce pour son courage voire sa hardiesse ; puis son humour et son énergie. Votre prochain projet de théâtre sera d’aller aux Béliers l’un des premiers jours de ce signe astrologique… et du printemps.
Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure, Paris 18ème. Du mercredi au samedi à 19h15, matinée le dimanche à 17h30. Réservations : 01 42 62 35 00.

16 mars 2016

Les cavaliers, d’après le roman de Joseph Kessel

Libre adaptation d’Eric Bouvron. Mise en scène d’Eric Bouvron et Anne Bourgeois. Avec Eric Bouvron, Georges Baquet en alternance avec Benjamin Penamaria, Khalid K et Maïa Guéritte.

Côté cour pend un mini-rideau qui ne servira à presque rien ne cachant pas grand-chose. Le joli tapis au sol est du genre tapis-volant : tout peut donc décoller, mais pour emmener qui et où ? Cela ne se fera surtout pas au trot, allure intermédiaire, mais au grand galop. Destination ?...l’Afghanistan, pourquoi pas. Le voyage sera « long et périlleux » comme le confesse le co-metteur en scène qui est aussi un des acteurs principaux et de choc de cette pièce qui vous fascinera vite. L’affaire tourne autour d’un bouzkachi, sport équestre violent où tous les coups sont permis. Le cavalier tombe de cheval. Bon, on vous apprenait autrefois qu’il faut absolument remonter en selle, sinon l’animal rentrera à fond de train à son écurie et vous mettrez des heures à rejoindre la vôtre en claudicant, gémissant et jurant. Oui mais ici le cavalier se brise la jambe et le retour vers son père va donner lieu à un long voyage initiatique à travers des paysages extraordinaires où vont se rencontrer des êtres singuliers, haut en couleurs. Que dire de ce personnage du père toujours responsable de tout ? Qu’en sera-t-il vraiment ? Mais que dire aussi du cheval fou qui mène la danse ? Que vous allez décoller avec lui, que vous l’ayez souhaité ou non. Le Théâtre La Bruyère nous offre une magnifique aventure au sein des steppes afghanes, bien loin de notre quotidien pollué. 
Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris 9ème, du mardi au samedi 21h, matinée samedi à 15h30. Réservations : 01 48 74 76 99.

02 mars 2016

Le Chant des coquelicots

Mise en scène : Muriel Corbel et Bernard Colin ; avec : Karine Mazel-Noury et Pierre Deschamps.

Des histoires de guerre bien évidemment, des histoires de France, une histoire d’homme et de femme qui ont quoi donc à faire ensemble, à part… une pièce qui n’a rien d’autre de mieux que d’être donnée une fois par semaine, soit le lundi jour de la lune. La comédienne est en robe écarlate, son partenaire en chemise blanche et pantalon neutre tout-à-fait comme il faut. Et puis leurs façons de raconter, de se raconter, d’envisager la vie à une époque où elle était peu prévisible, voyez guerres ou simples conflits. Lui et Elle, Elle et Lui évoluent de façon si intelligente et si attendrissante qu’on se demande quels si bons maîtres ils ont pu avoir. Est-ce qu’ils dansent ? Non, pas vraiment, c’est mieux encore : ils évoluent de telle sorte que les spectateurs sourient tant ils sont ravis et émus. Vous avez compris que le chant était un champ, et que les jeux de mots ne sont pas de simples formules. Plus les comédiens se parlent plus leurs voix se font chaleureuses, plus la dame nous séduit plus son partenaire nous convainc. Cette petite odyssée nous tourneboule tellement les rapports entre Lui et Elle deviennent fraternels. On n’a pas envie d’imaginer qu’il puisse y avoir une fin. Coquelicot ou cocorico vrai chant du coq ? Allez adorer, pardon admirer ce couple idéal.
Théâtre les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris 1er. Jusqu'au 18 avril, le lundi à 19h30. Réservations: 01 42 36 00 50.