25 avril 2016

Mazel Tov, tout va mal !

Comédie de Jean-Henri Blumen ; mise en scène de Mariana Araoz, avec Christian Abart, Sophie Accaoui, Francesca Congiu, René Hernandez, Yasmine Nadifi.
Comment vous dire tout le plaisir que nous avons éprouvé dans ce théâtre souterrain de Paris si proche de l’incontournable Centre Pompidou ? Tout simplement en le disant.
Mazel Tov veut-il dire des choses aimables ? Bonne chance bien-sûr, mais pour qui et pour quoi ?
Monsieur le Rabbin, en fin de parcours vous expliquera que si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue plus qu’abondamment : nous autres juifs le sentons si bien et depuis toujours. Tout le monde le sait. Oui, mais l’humour juif surtout qui en fait ses choux gras, Dieu merci.
Sur le plateau ça bouge, ça déménage, au propre plus qu’au figuré et derrière le voile qui fait mine de cacher l’arrière-scène c’est encore plus affolant. Tentons de résumer : ils sont cinq comédiens, surtout jamais en scène tous ensemble grâce à un voile quasi-métaphysique qui les fait apparaître et disparaître selon des jeux de lumière.
De l’humour juif aussi profond que réjouissant.
Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au lard, Paris 4ème. Jusqu’au 18 juin. Les jeudi, vendredi, samedi à 19h30 ; le dimanche à 18h. Réservations : 01 42 78 46 42.

20 avril 2016

Le Père Goriot, d’après Honoré de Balzac

Adaptation de Didier Lesour ; mise en scène de Frédérique Lazarini. Avec Thomas Ganidel, Marc-Henri Lamande, Didier Lesour ou Jacques Bondoux. 
Le décor est dérangeant, pense-t-on au départ : un énorme drap blanc suspendu dans les cintres et percé de cinq trous-ouvertures, ressemblant à un mauvais écran de cinéma pour salle des fêtes des temps anciens... Cinq ouvertures du genre fenêtres sans volets dont une ressemblant à une porte de chambre d’hôpital d’autrefois… On se répète ; il ne faudrait pas. Eux certainement pas : trois comédiens, parfois masqués, interprètent combien de personnages ? Du grand art. Notez encore qu’ils doivent tous être amoureux de leur Mère Goriot, sinon rien n’aurait tenu la route. La nôtre vous emmènera rue Richard Lenoir, et dans le noir vous jubilerez : comme nous l’avons fait, parce que çà c’est du théâtre alors qu’au départ on était plutôt dans le genre « Boulevard du Crime » comme me le souffle malicieusement mon voisin. 
Théâtre Artistic Athévains, 45 bis rue Richard Lenoir, Paris 11ème. Dates et réservations : 01 43 56 38 32.

Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, de Charles Péguy

Mise en scène de Jean-Luc Jeener, avec Maud Imbert, Pauline Mandroux, Florence Tosi.
Nous aurions préféré le mot générosité, tant la Charité pour nous est d’abord cette localité  des bords de Loire si imprégnée aujourd’hui encore de l’atmosphère de l’époque. Il n’y a rien de mystérieux dans la démarche de Péguy. Sa Jeannette clame son amour pour Jésus et sa Sainte Mère, met en question sa propre vocation. Sa camarade Hauviette évoque joyeusement leur enfance et se joint à elle pour se confier à la nonne Madame Gervaise, conseillère bienveillante, à la recherche elle aussi de la sagesse. Elle pose ou se pose toutes sortes de questions et donne parfois des réponses savoureuses ou paradoxales. Son leitmotiv : « Maudite soit-elle la guerre ». Les trois comédiennes ont des voix musicales qui touchent. Leurs costumes sont simples et gracieux. Aux saluts elles ôtent leurs voiles. Autorité et bonhomie, naturel, humour et tendresse nous bouleversent tour à tour.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre, Paris 9ème. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.

05 avril 2016

Je l’appelais Monsieur Cocteau, de Carole Weisweiller

Adaptation de Bérengère Dautun ; mise en scène de Pascal Vitiello; avec Bérengère Dautun et Guillaume Bienvenu.
Mais ce « JE SUIS » qui est-ce donc ? Pas de réponse, surtout pas. Pourquoi sur l’affiche le nom de Cocteau est-il énorme et en rouge? Pardonnez-nous chers daltoniens, mais le rouge est ici à l’honneur et Bérengère porte une robe de cette couleur genre Chanel, ou peut-être même signée de l’illustre maison, qui l’habille parfaitement alors qu’elle déploie des gestes de danseuse classique accompagnés d’une voix à la musicalité fascinante. Elle s’assoit côté jardin dans un fauteuil en osier, l’homme devenu un partenaire plus que touchant et efficace la rejoint, se cache derrière le rideau central, blanc et très minimaliste, sur lequel surgissent des projections parfaitement choisies. Et surtout une musique au piano dont on ne vous dira pas qui l’a signée ; cela tiendrait d’une stupide leçon que Bérengère n’apprécierait guère. Vous aimerez cette courte pièce et le portrait d’un Cocteau aux yeux si tendres et fatigués. Mais où était donc l’autre Jean (Marais bien sûr) sans qui rien n’aurait été possible ? Il n’est même pas cité…
Carole Weisweiller est l’auteur de cette pièce publiée aux éditions Michel de Maule.

Théâtre Studio Hébertot ; du mardi au samedi à 19 heures, le dimanche à 17 heures. Réservations : 01 42 93 13 04.