27 mai 2016

Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand

Mise en scène de Klaudia Lanka ; avec alternativement Julien Belon, Emilie Joumard, Samuel Beydon, Thierry Moralès, Denis Mariette et Klaudia Lanka.
Rostand à Ménilmontant ça rime bien, et cet époustouflant et touchant petit théâtre vous propose une version de Cyrano percutante jouée par des comédiens tout à fait intéressants. Disons tout de suite que le nez gigantesque rendant le visage de Cyrano inregardable sera un accessoire dont le comédien ne s’affublera que très ‘courtement’ et dont sa Roxane s’emparera pour nous faire rire. Donc Cyrano aime désespérément Roxane laquelle ne veut pas le comprendre, car elle est éprise de Christian, superbe jeune homme, mais qui demande à Cyrano de lui dire les mots doux qui la feront succomber à son charme. Le tour est vite joué. Et le reste n’est pas qu’effet oratoire car il y a ces tirades facétieuses et rocambolesques que nous avons étudiées au lycée et que nos grand-mères nous faisaient réciter. Bien joué, cher Ménilmontant : on jubile encore. La salle sourit. Bien sûr la fin ne peut être que des plus tragiques avec mort de Cyrano sur le plateau. Une mort d’amour, cela existe-t-il encore de nos jours ? Vous sortirez de Ménilmontant ravis mais vous ne pourrez probablement pas féliciter l’équipe d’acteurs qui vous a enthousiasmé car le spectacle suivant s’installe très vite après. Mais en redescendant vers le métro Gambetta vous entendrez vos voisins spectateurs dire des choses réjouissantes. Ils sont heureux et vous le serez doublement.
Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du Retrait, Paris 20ème. Du mercredi 25 au samedi 28 mai à 20h30, le dimanche 29 à 15h00. Réservations : 01 46 36 98 60. Il y aura des reprises ultérieures.

Les Sonnets de Shakespeare

Traduction de Jean-Dominique Hamel. Avec Nathalie Hamel, Rodolphe Fonty et Eric Veiga.
Elle est vêtue d’un somptueux costume d’époque et Lui d’un ensemble très raffiné ; chacun tient un livre à la main. Ils s’assoient côte à côte. Combien de sonnets lisent-ils déjà ? Lui dans la langue de Shakespeare qu’il maîtrise plus que remarquablement, Elle dans celle de Molière ; pardon pour ces définitions sans doute un peu trop protocolaires. L’Anglais est une langue musicale grâce à ses diphtongues et ses accents toniques comme nous le disaient si bien nos bons professeurs… Dans la charmante petite salle Economidès où l’on est si proches des comédiens, un décor minimaliste : quelques fleurs par terre, une modeste table et des tabourets. Une musique d’époque fait décoller et rêver. Les lumières d’abord fortes deviendront modestes ou emblématiques selon ce que l’auteur veut partager avec nous. Il y a des noirs qui sont des pauses nous permettant ainsi de rêver plus encore. Combien Shakespeare a-t-il composé de sonnets ? On s’y perd, mais le dernier que le couple nous offre est celui où sa mort est évoquée. On l’en remercie. Comme on veut remercier les deux comédiens, et le traducteur qui se trouve être le régisseur en coulisses et qui a fait une œuvre jubilatoire. Nous sommes sortis en rêvant après avoir renoué avec la poésie ce remède suprême en tout temps. Merci à l’équipe et aussi à Jean-Luc Jeener qui accueille ce spectacle dans son étonnant Nord-Ouest.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre ; jusqu’en août, voir dates et réservations: 0147703275.

11 mai 2016

L’amitié, de Jean-Luc Jeener

Avec Audrey Sourdive et Pierre Sourdive ; mise en scène de Jean-Luc Jeener.
L’histoire conflictuelle d’une metteur en scène et de l’acteur principal de la pièce dont la première aura lieu le lendemain de cette ultime répétition.
Lui et Elle ou plutôt Elle et Lui : non, ils ne jouent surtout pas à un quelconque jeu à deux, quoique… Elle, quarantenaire est metteur en scène ; Lui, pourrait être son père et dans la réalité c’est le cas. C’est parti pour un vrai-faux règlement de compte qui s’éternisera, reviendra en arrière pour repartir à nouveau : « on reprend ? » Ils reprennent. En cette veille de la première, épuisés et démoralisés, les échanges recommencent et tournent à un véritable pugilat, comme le sont toujours les avant-premières. Il serait bon qu’ils aillent dormir pour mettre un terme à leurs angoisses lesquelles sont néanmoins une garantie de l’excellence de la représentation. Vous le savez, et vous savez aussi que la deuxième sera comme elles sont généralement, mollassonnes. Fatigue, direz-vous ? Non simple retour de bâton, la vie et le théâtre s’emberlificotent toujours, puisque c’est dans leur nature. Et cela nous amène à considérer la fragilité de l’amitié humaine. Jean-Luc Jeener en sait quelque chose. Avec un décor simplifié à deux chaises, déplacées au rythme des échanges, la pièce met admirablement en relief la complicité des deux comédiens engendrant une réelle communion entre les acteurs, le public et le texte.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre, à Paris 9ème. Dans le cycle « Mensonge et Trahison ». Dates et réservations : 01 47 70 32 75.