31 août 2016

Le corps de mon père, de Michel Onfray

Ce qui surprend au premier abord est une certaine ressemblance entre le comédien et l’auteur. On comprend que son père, puisque c’est de lui dont il est question, fut un homme peu causant mais ô combien vénéré ! Un amour du père que le comédien rend avec toute la justesse et tout le talent de celui qui sait parfaitement s’identifier avec son personnage. La troublante véracité de son jeu et sa présence quasi envoûtante donne à l’expression de cette piété filiale une force et une profondeur à la fois mystérieuse et chaleureuse. Du coup c’est toute notre enfance et toute notre jeunesse qui ressurgit et nous comprenons subitement tout ce qu’on n’avait pas saisi sur le moment, et combien ces temps-là furent heureux. Le déroulement de l’action pourrait alors s’en trouver ralenti, sans toutefois nous empêcher de vouloir connaître la suite du récit. Mais il n’en est rien.
La scène, toute petite, est occupée par des machines-outils et envahie d’accessoires multiples. Le fils, qui s’identifie à ce père qui était ouvrier agricole, cuisine devant nous du pain - qu’il nous proposera en dégustation à la fin du spectacle - en alternance avec la fabrication d’une structure d’œuvre d’art. Il nous est ainsi donné d’entendre le récit passionné et passionnant de son existence, de son travail et de son amour de la sculpture. Un itinéraire surprenant qui glorifie le travail bien fait pouvant atteindre à la perfection artistique.

Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, Paris 4ème. Renseignement et réservations : 01 42 78 46 42.

19 août 2016

Les banquiers

Comédie écrite et mise en scène par Nicolas Haut, avec Derek Robin et Matthias Leonhard Lang.
Spectacle plus que malin, dans tous les sens du terme que l’on peut imaginer. Rythmes et déplacements, et surtout beaucoup d’astuces. Le démembrement de tout un système qui nous envoie régulièrement à la caisse. Mais le but du spectacle reste évidemment de divertir même si à travers des sketchs très humoristiques c’est un certain monde de la finance qui est visé.
Les comédiens se tiennent forcément plus droit que droits dans leurs bottes, mais très vite plus que remarquables, désopilants, clownesques dans le bon sen du terme ils deviennent des déménageurs, voire des serruriers honnêtes : pas de ceux que vous appelez au secours à cause de vos clefs oubliées à l’intérieur et dont la note à régler restera carabinée même après menaces et éclats de voix. Avec vivacité ils se déguisent, se transforment à l’aide de ce que l’on qualifie assez injustement d’accessoires ; lesquels sont au départ cachés côté jardin derrière une espèce de paravent multifonctionnel. Ça carbure à en donner le tournis, mais aux Déchargeurs c’est ainsi depuis que l’a voulu Vicky Messica, ce père-fondateur que nous avons tant aimé et dont la voix nous habite encore. Pardon pour une telle déclaration, mais au creux de cet été approximatif, n’oubliez pas vos clefs ; un banquier c’est coriace, mais un serrurier c’est bien pire. Certes il vous permettra de rentrer chez vous moyennant… Bon ! Votre banquier vous apparaîtra alors comme un bon père de famille. Sommes-nous au café-théâtre ? Surtout pas. Nous sommes bien dans le registre d’une comédie plus profonde qu’il n’y paraît et qui donne vraiment à réfléchir. Un excellent spectacle pour cette saison estivale.
Théâtre Les Déchargeurs, 3 rue des déchargeurs, Paris 1er. Du jeudi au samedi à 21h30. Réservations : 01 42 36 00 50.