10 décembre 2016

Figaro, j’aurais mieux fait de rester coiffeur

De Thomas Condemine (à la mise en scène) et Elie Triffault (interprète).
Dans la petite salle Paradis du Lucernaire, un spectacle bâtit sur une double thématique : celle de la liberté et celle du rire. Le rire, constitutif de la nature humaine, est de tous les temps mais prend à chaque époque un style particulier reflet de la société du moment. Sur scène une toile de fond représentant un paysage alpestre, une fenêtre à mi-hauteur ce lui-ci, une table des chaises. Le comédien, Allan, dès le début de la pièce nous sidère par ses talents qui lui permettent d’être successivement une dizaine de personnages, avec pour chacun une voix différente dans le registre qui convient et toujours inattendu. Il raconte avoir quitté son salon de coiffure dix ans auparavant pour devenir acteur et jouer ce rôle de Figaro aux innombrables facettes. Dépassant le Figaro de Beaumarchais, il campe un personnage plus près de notre époque. S’établit ainsi un dialogue entre le passé et le présent dans un seul-en-scène ou les questions majeures du jour sont abordées dans le fou-rire. Le comédien fait mine de ne pas savoir, hurle parfois, se met à rire, adopte des accents étrangers pour des imitations aux intonations toutes différentes nous donnant la réelle impression d’avoir affaire à plusieurs personnages. Au cours de son jeu de scène le comédien soulève le décor pour se glisser derrière, chose qui ne se fait en principe jamais au théâtre. Mais ici il prend cette liberté pour nous décontenancer en permanence. Une pièce dont le sujet plutôt philosophique n’a pas empêché un spectateur d’une douzaine d’année assis au premier rang, de se laisser rapidement captiver puis de s’esclaffer et rire jusqu’à la fin. Nous avons tous énormément ri comme et avec lui. Allez-y vite !

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6ème. Du mardi au samedi à 19h, jusqu’au 14 janvier 2017. Réservations : 01 45 44 57 34.

04 décembre 2016

Barbara... j'ai peur mais j'avance, de Véronique Daniel

Mise en scène d’Alain Bonneval.
Un décor d’une intelligence rare quoique minimaliste, des musiques de fond et d’accompagnement, des lumières très particulières variant du très fort au très faible. Sur scène une table et une chaise tout le temps déplacées sur un tapis de forme trapèze faisant office de zone magique. Derrière sous forme de tenture un clavier de piano vertical.
La comédienne joue d’autant plus superbement qu’elle articule comme ne savent plus le faire les trois-quarts de ses consœurs, et chante a capella de sa voix forte qui ressemble à s’y méprendre à celle de la vraie Barbara. Elle interprète une partie du répertoire de la grande artiste, de son vrai nom Monique Serf, auteur-compositeur-interprète. On est frappé par la symbiose plus que parfaite entre les deux femmes. Dans ses chansons, Barbara nous révèle ses blessures de jeunesse d’une fille dont le père a abusé. Dès l’âge de dix ans et demi, sa vie bascule dans l’horreur. Cela est à l’origine de plusieurs de ses chansons, dont sûrement la plus connue est l’Aigle noir. Véronique Daniel habite pour l’occasion une Barbara confondante de vérité à se demander si parfois ce n’est pas l’une qui est l’autre. Sa gestuelle très étudiée s’accorde parfaitement aux émotions qu’elle ressent. Le déplacement de la table et de la chaise accompagnent judicieusement les chapitres du texte.
Le public est sur un petit nuage. Il fallait bien évidemment trouver une fin à ce spectacle, et Véronique ôtant sa perruque de cheveux noirs et courts redevient elle-même pour saluer le public.
On remerciera une fois encore Jean-Luc Jeener qui milite pour un théâtre chrétien de nous donner ici un spectacle profond qui nous montre les blessures de la vie auxquelles les questions qu’elles soulèvent n’ont d’autres réponses que d’ordre transcendantal.


Théâtre du Nord-Ouest
, 13 rue du Faubourg Montmartre, Paris 9ème. Du 9 au 30 décembre, à 14h30, 19h et 20h45 selon les jours. Réservations : 01 47 70 32 75.