02 mars 2017

L’amante anglaise, de Marguerite Duras

Avec Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay.

Le Lucernaire était plein ce soir-là d’amoureux de Marguerite Duras dont ils appréciaient le fait qu’il n’y ait que trois personnages sur la scène. Deux au départ, des messieurs fort en gabarit, auxquels se joint délicatement une dame qui pour son âge parle encore avec une voix divine, commentant avec répartie tout ce qu’ils disent. A peine prend-elle la parole que ceux-ci deviennent de simples figurants de l’action. Malgré leur imposante stature ils s’effacent bien vite sous le flot des propos qu’elle leur bombarde à tout va sur la menthe, cette plante verte qui offre des vertus si bienfaisantes. Et là vous devinez qu’on ne parle évidemment ni d’amant ni d’amante ! L’un de ces deux messieurs est un interrogateur du genre policier, détective chevronné qui aimerait lui faire dire des choses dont elle n’a rien à faire, et de fait il n’obtiendra rien. L’autre du même acabit est son mari. Tous les deux cherchent en vérité à la faire parler d’un crime dont elle est fortement soupçonnée et dont on aimerait connaître la raison. Cette pièce trouve son origine dans un fait divers où une femme tue sans aucun motif connu. Pas facile d’avoir à faire à une pareille créature. On voudrait l’amener à parler de son acte, cependant elle oriente habilement la conversation sur la ‘menthe anglaise’. Mais pourquoi ?
La mise en scène est simplissime. Au centre la dame est assise, en raison de son âge sans doute. De part et d’autre les deux limiers du genre inquisiteur se concertent sur l’orientation de leurs questions et tentent d’interpréter les réponses fulgurantes qu’elle leur assène, les laissant plutôt pantois. La dame répond du tac au tac. Judith Magre est époustouflante dans un tel rôle. Difficile de dénouer le mystère que cette femme entretient systématiquement. Dans un décor sobre, la mise en lumière souligne la façon dont est conduit ce faux entretient et les circonlocutions dans lesquelles s’enferment les protagonistes.
Menée de bout en bout comme une pièce policière avec intrigue, vous serez captivés et au final vous applaudirez debout et à tout rompre, avec un public comblé.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND-des-Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 9 avril, du mardi au samedi à 19h et dimanche à 15h. Réservations : 01 42 22 66 87.