27 juillet 2017

Le Lys d’Ettenheim, de Nathalie Hamel

Le Lys d’Ettenheim, de Nathalie Hamel
Avec Nathalie Hamel, Joanna Rubio, Eric Veiga et la voix de Nicolas Planchais; mise en scène d’Alain Bonneval.
Dans une mise en scène d’époque, minimaliste mais convenant parfaitement bien à cette petite salle de théâtre, c’est toute l’affaire de l’assassinat du duc d’Enghien (1772-1804) qui nous est présentée par son épouse (mariage tenu secret) la douce Charlotte de Rohan-Rochefort. Elle s’appuie sur des textes tous extraits d’écrits historiques, lus alternativement par les trois comédiens. L’action se passe des décennies plus tard à Paris chez la princesse Charlotte (rue de Lille) ; elle est alors devenue une dame âgée.
Louis-Antoine de Bourbon-Condé, proche cousin du Roi, avait émigré en 1789 avec sa famille. Engagé dans les troupes de l’armée d’outre-Rhin, dite armée de Condé, le prince s’était illustré par sa folle témérité, surnommé par ses hommes « Va-de-Bon-Cœur ». Cette armée fut dissoute en 1801. Depuis lors le prince s’était établi à Ettenheim au Grand-Duché de Bade, proche du Rhin frontière avec la France. Il y menait là une vie paisible, loin de toutes affaires politiques s’adonnant aux plaisirs de l’amour et de la chasse. Dans la nuit du 14 au 15 mars 1804, Bonaparte au mépris du droit des gens le fit enlever par un groupe armé et transférer au château de Vincennes où il arriva dans l’après-midi du 20 mars. Traduit devant un Conseil de Guerre comme conspirateur, sans l’aide d’un défenseur, il fut condamné à mort et fusillé sans délai dans les douves du château aux premières heures du lendemain. Même les secours de la Religion lui furent refusés. Seule Joséphine intervint dit-on, sans succès, pour la clémence. Avant de mourir le prince se contenta de dire « Qu’il est dur de mourir de la main des Français ».
Il faut savoir que Bonaparte se sentait très menacé de divers côtés. Pichegru l’avait inquiété. Cadoudal avait échoué quelques mois plus tôt dans son complot. Au cours de son interrogatoire il avait évoqué «  un prince français… » Le Premier Consul, contre toute vraisemblance s’était laissé convaincre par l’aile antiroyaliste de son entourage qu’il s’agissait du duc d’Enghien.
Les réactions officielles furent très mitigées. Seuls le roi de Suède et la famille impériale russe manifestèrent leur désapprobation. Chateaubriand réagit avec vigueur et se fit tout haut le porte-voix de ce que pensait en silence tout honnête homme. L’Histoire retiendra le jugement de M. de Talleyrand, homme avisé s’il en fût : « Un crime ? Non, Messieurs. Plus que ça : une faute ! »
Un témoignage sérieux d’un épisode de notre Histoire joliment évoqué par un entourage qui, on le comprend, abhorrait le Corse.
Théâtre du Nord-Ouest, 13 rue du Faubourg-Montmartre, Paris 9ème. Réservations : 01 47 70 32 75.

02 juillet 2017

Le dindon, d’après Georges Feydeau

Adaptation de Philippe Person, mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person. Avec le collectif Silencio Please.
Dans cette pièce (1896) Feydeau se surpasse. Son vaudeville adroitement charpenté est d’une folle bouffonnerie. Deux jeunes femmes jurent de prendre un amant si leurs maris les trompent ce qui est bien sûr envisageable comme toujours. En plus des prétendants, nous avons une anglaise excentrique, un anglais de Marseille, un couple dont la femme est sourde. Ce mélange va chambouler tout un petit monde bourgeois que Feydeau connaît parfaitement et dont il se moque avec gourmandise. Qui sera le dindon de la farce ? Une farce aux situations plus que cocasses, aux multiples rebondissements et dont les personnages dénués de réalité sont pourtant plus que fidèles. Dans cette adaptation ramenée à 1h20, les dix comédiens interprètent cette fantaisie à l’extrême des codes du vaudeville. Un vaudeville que Feydeau a porté à sa perfection, genre qu’avait dépeint brillamment avant lui, sous le Second Empire, Eugène Labiche. Il est le témoin et le complice de cette société « fin de siècle » dont les feux s’éteindront en 1914.
N’attendez rien de ce spectacle qui puisse nourrir votre oraison du soir. Par contre il serait une excellente première étape d’une promenade vespérale qui pourrait se terminer, disons… devant un beau plateau de fruits de mer accompagné, selon nous, d’un petit Pouilly-fuissé !
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND-des-Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 20 août. Réservations : 01 42 22 66 87.