01 septembre 2017

Le Horla, de Guy de Maupassant

Avec Florent Aumaître, mise en scène Slimane Kacioui.
Entre une chaise pour salle d’attente de médecin et un unique tréteau orphelin qui ne pourra donc servir à rien, le comédien a adopté l’allure distinguée de l’auteur. Il en a la silhouette et porte un costume chic et sage, avec gilet s’il vous plait... mais sans nœud papillon toutefois ! Bruits étranges. Commence une énumération de dates successives mais qui devient un compte à rebours : 16 mai… l’homme a pour unique accessoire un calepin où il note ce qui lui arrive: « je suis malade ». Il a l’air raisonnable, sa voix qu’il module étonnamment est chaude, on l’aime d’emblée, d’autant qu’il éprouve l’adoration de l’élégant Maupassant pour les mots qui sont ses raisons de vivre, et qui deviendront celles de survivre. Assez vite cela dérape : « je deviens fou ». Le 14 juillet il décide que « la lumière est une illusion, le bruit est une illusion », et puis selon lui Dieu n’est qu’une légende. Le 19 juillet : « je ne suis pas fou », mais peu après il y a : « le règne de l’homme est fini » et  aussi: « il faisait bon, il faisait triste ». Un 14 août il aimerait « aller cueillir des fraises et les manger ». Le 18 août il est de nouveau question d’un « problème de folie ». Puis mention est faite de ce Horla, double maléfique qui le guette et le dépossède de lui-même : « je pense qu’il était la mort ». Alors « le tuer » ? Il s’enfonce dans une forme de démence qui le rend de plus en plus las mais toujours plus fascinant. Arpentant le plateau, il a posé sa veste bien comme il faut sur le dos de la chaise, repris son carnet. Le Horla est probablement un démon ; mais les démons c’est l’enfer, donc le feu. Mais « le règne de l’homme est fini ». Tout se termine par un incendie qu’il a souhaité et organisé. Il soupire « comme ce fut long ! ». Jolies lumières. On saluera la mise en scène d’une sobriété parfaitement adaptée et surtout la prestation époustouflante du comédien qui fait de cette nouvelle surréaliste, sorte de conte fantastique, un journal intime. On peut toutefois se demander si les troubles hallucinatoires qui accompagnent la syphilis, et dont souffrait Maupassant, n’en restent pas ici à un stade premier masquant les terribles souffrances des malades mentaux avant les progrès fantastiques de la pharmacopée moderne.

Théâtre Le Lucernaire, 53 rue ND des Champs, Paris 6ème. Tel : 01 45 44 57 34.