26 mars 2017

Les misérables, de Victor Hugo

Adaptation et mise en scène de Manon Montel, avec Dov Cohen , Stéphane Dauch, Claire Faurot, Jean-Christophe Frèche, Xavier Girard, Cécile Génovèse, Manon Montel, Léo Paget, François Pérache et Anatole de Bodinat.
Seuls huit de ces comédiens selon la distribution de la soirée interviennent dans chaque représentation et ne se retrouvent ensemble sur scène qu’au salut. Il n’en fallait pas moins pour servir cette œuvre de Victor Hugo aussi touffue et composite qu’ambitieuse et qui n’est en définitive qu’une compilation de romans. Entouré de rideaux noirs, le plateau n’a pour décor que des bancs plus ou moins grands et confortables recouverts de tissu. Eclairages troublants mélangeant de temps à autres spots et lasers et dessinant sur les rideaux du fond, de jardin à cour, des volutes aux formes de calligraphie enfantine. Pour marquer les changements d’époques des fumigènes inondent la scène étourdissant au passage les spectateurs. La pièce est composée de multiples épisodes où parfois deux comédiens se confrontent, ou se font des aveux touchants, voire perturbants. Tout commence avec Madame Thénardier, comédienne et accordéoniste qui sera la narratrice de la pièce. On suivra la saga de Jean Valjean à la fois emblème universel de l’Homme en quête de rédemption et figure attachante du père. Autour de lui et de Cosette sa fille gravitent l’impitoyable policier Javert, la victime Fantine et ses bourreaux Thénardier, son amoureux Marius et le célèbre gamin de Paris Gavroche joué par une fille et symbole d’une certaine classe sociale de l’époque.
Tous ces personnages constituent en effet les éléments d’une thèse très influencée par les doctrines humanitaires et socialistes de Cabet et Proudhon. Hugo plaide la cause de ceux que la société méprise et dont on pourrait lui imputer les crimes. Une véritable saga inscrite dans un XIXème siècle riche en bouleversements politiques et sociaux.
On saura gré à toute cette équipe de si jeunes comédiens de réussir une synthèse particulièrement bien condensée des effervescences hugoliennes. Un père et grand-père Hugo qui malgré ses évolutions politiques contestables, reste un géant littéraire.
Théâtre du Lucernaire, 54 rue N-D des Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 7 mai. Du mardi au samedi à 20h et dimanche à 18h. Réservation : 01 45 44 57 34.

08 mars 2017

Stavanger, d'Olivier Sourisse

Mise en scène de Quentin Defalt, avec Sylvia Roux et Thomas Lempire.

Qu’évoque pour vous Stavanger ? Un patronyme, un pays ? Une localité improbable du Sud-Ouest de la Norvège ensevelie une bonne partie de l’année sous la neige, mais qui n’aura pratiquement rien à voir avec la pièce.
Une démarche onirique où un homme et une femme au départ totalement étrangers vont s’acheminer vers des re-trouvailles dont on ne saura jamais si elles relèvent de la réalité ou d’une de ces curieuses occurrences qu’offre parfois l’existence. Récupéré sur une voie de chemin de fer où couché il attendait la mort, Simon est conduit par Florence à son domicile. Va s’engager alors un étrange dialogue bien conduit mais parfaitement inracontable. La mise en espace se situe entièrement dans l’habitation de Florence. La simplicité des lumières contribue grandement à créer une atmosphère inquiétante qui convient parfaitement aux échanges souvent glaciaux des protagonistes. Toute la pièce se singularise par une absence totale de chaleur et de véritable affection. Le texte est d’une langue classique mais parfois ponctué de mots un peu trop crus. Comme souvent aujourd’hui une sexualité affichée formate leurs cogitations par ailleurs sérieuses et originales. On aimera la conclusion un peu mystérieuse mais d’une vraie poésie.
Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles,  Paris 17ème ; jusqu’au 19 mars, du mardi au samedi à 21h et dimanche à 15h. Réservations : 01.42.93.13.04.

02 mars 2017

L’amante anglaise, de Marguerite Duras

Avec Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay.

Le Lucernaire était plein ce soir-là d’amoureux de Marguerite Duras dont ils appréciaient le fait qu’il n’y ait que trois personnages sur la scène. Deux au départ, des messieurs fort en gabarit, auxquels se joint délicatement une dame qui pour son âge parle encore avec une voix divine, commentant avec répartie tout ce qu’ils disent. A peine prend-elle la parole que ceux-ci deviennent de simples figurants de l’action. Malgré leur imposante stature ils s’effacent bien vite sous le flot des propos qu’elle leur bombarde à tout va sur la menthe, cette plante verte qui offre des vertus si bienfaisantes. Et là vous devinez qu’on ne parle évidemment ni d’amant ni d’amante ! L’un de ces deux messieurs est un interrogateur du genre policier, détective chevronné qui aimerait lui faire dire des choses dont elle n’a rien à faire, et de fait il n’obtiendra rien. L’autre du même acabit est son mari. Tous les deux cherchent en vérité à la faire parler d’un crime dont elle est fortement soupçonnée et dont on aimerait connaître la raison. Cette pièce trouve son origine dans un fait divers où une femme tue sans aucun motif connu. Pas facile d’avoir à faire à une pareille créature. On voudrait l’amener à parler de son acte, cependant elle oriente habilement la conversation sur la ‘menthe anglaise’. Mais pourquoi ?
La mise en scène est simplissime. Au centre la dame est assise, en raison de son âge sans doute. De part et d’autre les deux limiers du genre inquisiteur se concertent sur l’orientation de leurs questions et tentent d’interpréter les réponses fulgurantes qu’elle leur assène, les laissant plutôt pantois. La dame répond du tac au tac. Judith Magre est époustouflante dans un tel rôle. Difficile de dénouer le mystère que cette femme entretient systématiquement. Dans un décor sobre, la mise en lumière souligne la façon dont est conduit ce faux entretient et les circonlocutions dans lesquelles s’enferment les protagonistes.
Menée de bout en bout comme une pièce policière avec intrigue, vous serez captivés et au final vous applaudirez debout et à tout rompre, avec un public comblé.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND-des-Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 9 avril, du mardi au samedi à 19h et dimanche à 15h. Réservations : 01 42 22 66 87.